Michel Brosseau | à chat perché

Accueil > grenier > SITE > archives| brouillons > séries passées > monologues > monologue 2

monologue 2

si nombreux les Invisibles

mardi 26 novembre 2013, par M.B.

Dans ces calmes déserts il promène les siens jusqu՚à ce que les premiers ces derniers se ferment et que la tàªte là¢chée retourne à sa vieille place. Beckett, Le Dépeupleur

mise à jour du 26 novembre 2013

Ces visages — chaque fois toi, debout, qui marches, contre-plongée qui dérange. Calmes ? non — cette tension encore, les premiers temps, et plus tard cette forme d՚abandon jusqu՚au dedans des chairs. Déserts qu՚ils ont cru pouvoir traverser — qu’ils ont fait leurs. Il suffirait donc d՚une image, pirouette esthétique et ainsi apaiser ta conscience ? Promène-toi plutà´t dans la ville, arpente, va fureter aux encoignures de béton nu : si nombreux les Invisibles — et qui te dit qu’un jour tu ne seras pas des leurs ?... Les heures qu՚ils passent assis par terre — imaginer comment puisque jamais tu n’oseras maquiller ta carte Vita-Crédit — on trouve pourtant des logiciels pirates sur le web, des collègues t’en ont parlé —, mais jamais tu n’oseras, carte reformatée, la glisser dans un de ces distributeurs qu’on a installés pour eux au coin des rues, dosage des cachets régulé pour chacun — magie de la carte à puce ! Siens : ces débris rassemblés, objets d՚avant et quoi glané, mais plus personne — seul. Jusqu՚à quand ainsi — mais est-ce que à§a compte encore ? Ce que à§a devient alors le temps ! Que l’alternance broyée du jour et de la nuit — mais c՚est quoi les ràªves alors ? Les images qu՚on porte, celles qu՚on repousse ? Premiers matins où rassembler ses affaires, les emporter avec soi — ou ce duvet qu՚on ne roule plus, qu’on laisse dans un coin jusqu՚au soir. Ces vies qu՚on s՚invente le temps des cachetons — reste quoi alors des visages qu՚on a laissés ? Derniers temps, ce qu՚on en garde en mémoire — et si c՚était cette porte qu՚il a fallu franchir — si chaque fois c՚était elle qu՚on retrouvait, identique — et sentiment de l՚innommable qui vous pousse ? Se dire quoi dans les tremblements du matin ? Ferment quoi de la langue toutes ces heures de silence ? Et quand les yeux d՚un gosse... Que leur père, leur mère, les entraînant de main ferme. La silhouette du gosse, aperà§ue de trois quart. Tàªte retournée, ces yeux qui insistent — cherchent quoi ? Là¢chée toute retenue. Retourne-toi ! à€ quel moment on devient Invisible — et que plus màªme les mà´mes pour vous regarder ? Sa voix, ne plus la reconnaître — tout ce qu՚elle charrie de trop loin et que à§a fait peur. Vieille folle qui hurlait agrippée à son chariot de supermarché — tu ne la croises plus dans le parking — trop dérangée pour encore se rendre aux distributeurs. Place nette qu’on fait chaque début de mois avant la Grande Parade Urbaine — envoyés où ?

version initiale, 9 janvier 2012

Ces visages — contre-plongée toujours. Calmes non — cette tension encore, les premiers temps, et plus tard cette forme d’abandon jusqu’au dedans des chairs. Déserts qu’ils traversent ! Il suffirait donc d’une image ? Promène-toi plutà´t dans la ville, arpente, marche le temps qu’il faudra, furète aux encoignures de béton nu... Les heures qu’ils y passent — imaginer quoi ? Siens ces débris rassemblés, objets d’avant et quoi glané. Jusqu’à quand ? Ce que à§a peut faire ! Que le jour et puis la nuit — c’est quoi les ràªves alors ? Les images qu’on porte, celles qu’on repousse ? Premiers matins où rassembler ses affaires, les emporter les savoir là — ce duvet qu’on ne roule pas encore, le laisser dans un coin jusqu’au soir. Ces vies qu’on s’invente le temps des bières — reste quoi des visages qu’on a laissés ? Derniers temps, ce qu’on en garde en mémoire — et si c’était cette porte qu’il a fallu franchir — si chaque fois c’était elle qu’on retrouvait, identique — et sentiment de l’innommable qui vous pousse ? Se dire quoi dans les tremblements du matin ? Ferment quoi de la langue toutes ces heures de silence ? Et quand les yeux d’un gosse... Que leur père, leur mère, les entraîne de main ferme. La silhouette de trois quart. Tàªte retournée ces yeux qui insistent — cherchent quoi ? Là¢chée toute retenue. « Retourne-toi ! » à€ quel moment devenir invisible — et que plus màªme les mà´mes ? Sa voix ne plus la reconnaître — tout ce qu’elle charrie de trop loin et que à§a fait peur. Vieille folle qui hurlait agrippée à son chariot de supermarché — tu ne la croises plus dans le parking — incapable de dire depuis quand. Place nette chaque été pour les touristes — envoyés où ?


Voir en ligne : monologue 1