Aujourd’hui, le jour se lèvera pas. C’est pas tant ça le problème. On en a pris l’habitude. Ça revient, pas à des intervalles réguliers, mais ça revient. Des nuits longues. On connaissait les documentaires, les régions polaires, la nuit qui n’en finit pas. Mais c’est ici maintenant aussi. Ici qu’on n’y voit plus rien. Et que ça soit un incendie, le grand incendie qu’il l’appelle, que ce soit un incendie qui nous empêche d’y voir, ça fait penser. Que le feu soit l’allié de la nuit, ça fait trembler aussi. (...)
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coulées fiction
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le jour se lèvera pas
22 janvier 2020, par M.B. -
sur le fleuve
27 décembre 2019, par M.B.c’était fini le temps qu’un seul bateau, c’était en file indienne qu’ils circulaient maintenant, la ville avait tellement grandi, on avait ajouté des moteurs aux embarcations mais le plus important était que la tradition se perpétue, qu’on continue encore sur le fleuve, qu’on continue de ramener à la source les corps des morts
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le visiteur
27 décembre 2019, par M.B.ce coup-ci j’ai pas eu à aller chercher bien loin, il y a une maison abandonéne près de chez moi, dans le lotissement, je l’aperçois là, depuis la fenêtre de mon bureau, il y a tout un tas de végétation qui pousse, du lierre, des herbes folles, les volets sont cassés, on n’y voit jamais personne, la seule chose qui change c’est la végétation que les employés municipaux viennent couper de temps en temps, un temps il y avait un avis de la mairie qui était affiché à propos de l’obligation d’entretenir, puis (...)
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ce que ça change (d’écrire avec la voix)
27 décembre 2019, par M.B.dans ces fictions écrites avec la voix, il y a le jeu de l’intonation, presque un jeu théâtral, il y a les silences aussi, c’est pas facile d’installer un silence dans une page, là je peux jouer avec le temps, ou à moins que ce soit le temps qui joue avec moi, d’une certaine façon, je me dis qu’écrire comme ça, c’est peut-être creuser du côté de Nathalie Sarraute, du côté d’un en deçà du langage, essayer tout au (...)
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vanité
27 décembre 2019, par M.B.lundi dernier, à la brasserie près du boulot, le gars était au comptoir, il parlait au patron, il lui disait, c’est pas tellement le matin quand tu te rases, plutôt le soir, peut-être une question d’éclairage, il disait, dans la glace en face, c’est pas toi que tu vois, c’est un crâne, le crâne que tu seras un jour, il disait c’est con hein, tu y penses pas en fait, tu le vois, et même des fois tu vois plus que ça, ça t’accompagne le jour qui suit, on s’en débarrasse pas comme ça d’un (...)
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la fille du tram
27 décembre 2019, par M.B.elle est montée dans le tram un peu après l’ancienne prison, elle s’est assise en face de moi, elle avait un casque sur les oreilles, j’ai remarqué qu’elle essayait de voir ce que j’étais en train de lire, elle secouait la tête au rythme de la musique, elle l’écoutait fort sa musique, à un moment j’ai croisé son regard, elle m’a souri, et presque aussitôt elle m’a dit, tu sais pourquoi tu lis, hein, tu sais pourquoi, j’ai pas eu le temps de lui répondre, elle était déjà debout, elle se dirigeait vers la (...)
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la fille du kebab
27 décembre 2019, par M.B.la fille au kebab l’autre nuit, après le concert, elle avait une chemise cartonnée avec elle, dessus tout un tas d’entrelacs celtiques, elle les avait faits au marker elle m’a expliqué, elle m’a dit qu’elle aimait la Bretagne, que des fois comme ça, elle partait en stop vers l’océan, à la fin, elle m’a dit que dans sa pochette en carton, il y avait toutes les lettres qu’elle avait écrites à ses parents, toutes, et qu’elle leur enverrait un jour, et qu’alors ils comprendraient, elle a répété ça plusieurs (...)
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l’auto-stoppeur
27 décembre 2019, par M.B.le gars m’a pris au péage de l’autoroute, il avait envie de parler, des banalités d’abord, la route, la bagnole, et puis le paysage de Beauce qu’on traversait, la circulation en région parisienne, ce qu’il avait envie de me dire, c’était autre chose, c’était qu’il allait voir sa mère à l’hôpital, qu’il savait que, ben voilà comme il disait, il savait quoi, quand il m’a laissé à la porte d’Orléans, je lui ai dit bonne chance, et aussitôt je m’en suis (...)
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au bar d’Illiers
27 décembre 2019, par M.B.au comptoir tout à l’heure, à Illiers-Combray, le gars devant son Perrier orgeat, tu sais qu’il est là pour longtemps, il boit pas dans son verre, ou très peu à chaque fois, il a le regard devant lui, il y a rien devant lui, il y a des bouteilles, il y a un miroir aussi, comme chez Simenon, un miroir où se regarder entre les bouteilles, il est là, il attend, toi tu bois un demi, il te dit que lui, à vingt ans, c’était cinq litres par jour, sans compter tout ce qui se fume, et qu’avant de s’en coller (...)
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d’un projet fiction voix
27 décembre 2019, par M.B.ce que je veux faire ici c’est improviser des fictions, des fictions d’une coulée, à la manière dont Simenon se jette dans la fiction, dans l’à venir de la fiction comme dirait Gracq, d’une coulée, avec des gars et des filles, les uns sur la route, d’autres immobiles, dans des bars ou des restaurants, des arrêts de bus, des salles d’attente, en mouvement dans des voitures, des conducteurs, des auto-stoppeurs, des chauffeurs routiers, dans leur véhicule ou dans une station-service, une aire d’autoroute, (...)