bienvenue dans l’atelier
Il m’a dit qu’au bout d’un certain nombre d’années nous acceptons une vérité que nous pressentions mais que nous nous cachions à nous-màªme par insouciance ou là¢cheté : un frère, un double est mort à notre place à une date et dans un lieu inconnus et son ombre finit par se confondre avec nous.
Modiano, Chien de printemps
voilà qui pourrait nourrir ce projet encore vague, aider à lui donner contours
Depuis longtemps, j՚avais envie de me lancer dans une recherche – un cours, un séminaire : au Collège de France, on expose une recherche en train de se faire – sur une année. Je désirais retracer les événements de cette année-là , mois après mois, semaine après semaine, et[...]
Je suis entré dans le jardin en fendant la foule massée devant les grilles. tous les bancs, toutes les chaises étaient occupés et il y avait une grande affluence dans les allées. Des jeunes gens étaient assis sur les balustrades et sur les marches qui descendent vers le bassin central, si nombreux qu’on ne pouvait plus accéder à cette partie du jardin.[...]
remuer la terre, c’est rituel de printemps, qu’un peu de nourriture naisse de tes gestes, et qu’en retour tes gestes aussi te nourrissent, suivre le rythme de la machine, fraises d’acier qui s’enfoncent au sol, veiller à effacer les traces de tes pas — c’est comme laisser page nette — être sensible à l’odeur de la terre remuée, et à la chaleur qui s’y[...]
le silence sur un site, j’en sais rien si ça se creuse, sais juste que ça s’installe, qu’il faut le rompre aussi, mais qu’il y a des matériaux à éviter, que le silence s’intime à sa manière, des chantiers pourtant en cours, les reprendre, les comprendre peut-être aussi — combien de fois le mot creux sur le site ? il suffit de demander à la machine- — no[...]
printemps à n’en pas douter :
les lèche-pivoines sont fleuries, les iris-de-nuit ne tarderont plus, de même les « murmures lactés » — il doit bien exister un nom plus scientifique, mais qu’importe —, en bourgeons les peines-du-jour, idem les « folles amandes », les croche-menus, et le sainfoin des morts, sans oublier les premières grappes du vol-au-Blandine
Quel charme en un moment étouffe leurs discords,
Pour assembler ainsi les vivants et les morts ?
P. Corneille, L’Illusion comique
(...) à§a, c’était la voix que je n’écoutais jamais. Parce que si à§’avait été le cas, je n’aurais pas bougé de la ville où j’étais né, j’y aurais travaillé à la quincaillerie, aurais épousé la fille du patron, fait cinq gosses, aurais lu les bandes dessinées du journal du dimanche matin, calotté les mà´mes s’ils faisaient des bàªtises, discuté avec mon[...]
météo, moment clé des fins de repas, suspens tandis que la table se débarrasse où que la vaisselle commence, gestes suspendus, silence imposé à chacun pour écouter la prédiction du jour — à rebours la météo quitte la prédiction pour offrir du mythe : être né le lendemain d’une tempête de neige, Paris bloqué, à§a vaut-y pas l’îlot battu par la tempête[...]
être né dans un monde où les bombes H s’égarent, c’est tellement vite arrivé un accident — toute ton enfance avoir entendu le refrain du bouton rouge, qu’assez pour faire sauter la planète mais que la capacité de mort à grande échelle était l’assurance d’un équilibre, était synonyme de paix — des kilos de plutonium en goguette, rassuré d’apprendre qu’on[...]