Accueil > proses brèves > à mains nues
à mains nues
mercredi 19 novembre 2025, par
On est quelques-uns à collectionner les faits divers. Autrefois coupures de presse glissées dans ds chemises en carton. Aujourd’hui copiés-collés qui s’accumulent dans un coin de disque dur. Et qu’on parcourt de temps à autre en quête d’une idée de nouvelle. Celui-ci n’avait pas fait grand bruit. Peut-être parce qu’avec toutes nos troupes engagées sur divers théâtres d’opération, comprendre maintien de l’ordre néo-colonial, aucun pisse-copie n’avait pensé monter l’affaire en épingle. L’affaire était pourtant bien glauque. Mettait à disposition de quoi ravir n’importe quels lecteurs en mal d’horreur. Mais le criminel étant l’un de nos vaillants sous-officiers…
L’homme aurait déclenché la pitié des cœurs les plus endurcis. Ses deux bras emportés par un engin explosif qu’il tentait de désamorcer, quelque part dans les sables du Sahel. On l’avait rapatrié fissa en avion sanitaire. On dit qu’à certaines périodes, quand les combats montent en intensité,ce sont plusieurs gros porteurs transformés en hôpitaux volants qui atterrissent chaque jour sur la base de Villacoublay. Remplis de jeunes gars aux corps brisés. D’autres trop secoués par ce qu’ils ont vu et accompli.
Les prothèses ont connu des progrès extraordinaires ces dernières années. Aussi, quelques mois plus tard, l’homme apprenait à mobiliser ces deux bras artificiels. Des membres tout neufs. Et même deux mains couleur chair. Qu’il avait appris elles aussi à commander. Certes, il n’aurait pas pu jouer de la guitare ou du piano, ce qui sans doute ne lui manquait aucunement, mais il pouvait, après des mois d’apprentissage, se saisir de n’importe quel objet, faire la pince, visser, dévisser, serrer entre ses doigts métalliques recouverts d’une résine.
L’exosquelette avait fait merveille. L’homme était de nouveau autonome. Et avait retrouvé ce qu’on appelle abusivement, dans les quelques coupures de presse que j’ai retrouvées, une vie normale. Jusqu’au jour de bascule. C’est lui-même qui a prévenu la police. On a retrouvé sa femme gisant sur le plancher de leur chambre à coucher, étranglée.
L’homme, effondré et comme en état de choc, n’a offert aucune résistance. Selon les dires des policiers, l’homme, au moment de son arrestation, se serait contenté de répéter à plusieurs reprises : Caresser !... Tu comprends ? Caresser...