bienvenue dans l’atelier
lundi dernier, à la brasserie près du boulot, le gars était au comptoir, il parlait au patron, il lui disait, c’est pas tellement le matin quand tu te rases, plutôt le soir, peut-être une question d’éclairage, il disait, dans la glace en face, c’est pas toi que tu vois, c’est un crâne, le crâne que tu seras un jour, il disait c’est con hein, tu y penses pas en[...]
elle est montée dans le tram un peu après l’ancienne prison, elle s’est assise en face de moi, elle avait un casque sur les oreilles, j’ai remarqué qu’elle essayait de voir ce que j’étais en train de lire, elle secouait la tête au rythme de la musique, elle l’écoutait fort sa musique, à un moment j’ai croisé son regard, elle m’a souri, et presque aussitôt elle m’a[...]
la fille au kebab l’autre nuit, après le concert, elle avait une chemise cartonnée avec elle, dessus tout un tas d’entrelacs celtiques, elle les avait faits au marker elle m’a expliqué, elle m’a dit qu’elle aimait la Bretagne, que des fois comme ça, elle partait en stop vers l’océan, à la fin, elle m’a dit que dans sa pochette en carton, il y avait toutes les[...]
le gars m’a pris au péage de l’autoroute, il avait envie de parler, des banalités d’abord, la route, la bagnole, et puis le paysage de Beauce qu’on traversait, la circulation en région parisienne, ce qu’il avait envie de me dire, c’était autre chose, c’était qu’il allait voir sa mère à l’hôpital, qu’il savait que, ben voilà comme il disait, il savait quoi, quand il[...]
au comptoir tout à l’heure, à Illiers-Combray, le gars devant son Perrier orgeat, tu sais qu’il est là pour longtemps, il boit pas dans son verre, ou très peu à chaque fois, il a le regard devant lui, il y a rien devant lui, il y a des bouteilles, il y a un miroir aussi, comme chez Simenon, un miroir où se regarder entre les bouteilles, il est là, il attend,[...]
ce que je veux faire ici c’est improviser des fictions, des fictions d’une coulée, à la manière dont Simenon se jette dans la fiction, dans l’à venir de la fiction comme dirait Gracq, d’une coulée, avec des gars et des filles, les uns sur la route, d’autres immobiles, dans des bars ou des restaurants, des arrêts de bus, des salles d’attente, en mouvement dans des[...]
peur qui nuit peur qui rien peur qui fou peur qui froid PEUR PEUR PEUR peur qui chien peur qui saoul peur qui rage peur qui tout peur qui rare peur qui frêle PEUR peur qui tunnel peur qui gouffre peur qui toujours peur qui n’est plus peur qui avant peur qui fêlure peur qui cassé peur qui profond peur qui rails droits peur qui infini peur qui noyade peur qui[...]
écrire du jouer à fort quoi d’autre comme sur les pochettes de disque trois mots à jouer fort écrire un livre avec au dos ces trois mots à jouer fort pourquoi sinon pourquoi si c’est pas à jouer fort ça vaut pas la peine c’est rien c’est que des mots si c’est pas à jouer fort ça va chercher loin ça va pas au dedans ça va pas au dedans pour agripper ça déglingue rien[...]
j’avance / je sais pas où je vais / mais je sais qu’il faut avancer / je me pose pas la question si je dors ou si je rêve / je sens mon corps l’effort les jambes qui vont / je sens la douleur à droite sous l’omoplate / celle qui pointe au bout d’une demi heure trois quart d’heure / je marche je sais pas vers quoi / rien ne m’y oblige est-ce pour autant que je le[...]
quand pour choix deux chaos deux impasses tu fais quoi ? eux qui te broient à distance et toi qui te ronge pas même sûr de savoir encore serrer tes poings il te reste quoi ? il te reste à fermer les yeux et crier écrire ton cri pour qu’encore il soit possible dans ta bouche crier c’est pour toi cri pour que moins[...]