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	<title>Michel Brosseau | &#224; chat perch&#233;</title>
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		<title>l'&#233;tendue de ce qui sombre, l'ampleur de ce qui vient</title>
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		<dc:creator>M.B.</dc:creator>


		<dc:subject>lectures</dc:subject>
		<dc:subject>Bergounioux</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pourtant, et quelle que soit l'importance objective, c'est-&#224; -dire les cons&#233;quences mal pr&#233;visibles de ce qui se passe aujourd'hui, ce sont les a&#238;n&#233;s du si&#232;cle dernier qui firent l'exp&#233;rience la plus violente de la modernit&#233;.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le trait saillant, constant, de l'exp&#233;rience des huit g&#233;n&#233;rations qui se sont succ&#233;d&#233; depuis la fin de l'Ancien R&#233;gime, c'est que le monde a chang&#233; sous leurs yeux. Tout homme &#233;prouve, depuis lors, la pouss&#233;e du mouvement g&#233;n&#233;ral, la force irr&#233;sistible du devenir. Nous-m&#224;&#170;mes mesurons chaque jour l'&#233;tendue de ce qui sombre, l'ampleur de ce qui vient. Pourtant, et quelle que soit l'importance objective, c'est-&#224; -dire les cons&#233;quences mal pr&#233;visibles de ce qui se passe aujourd'hui, ce sont les a&#238;n&#233;s du si&#232;cle dernier qui firent l'exp&#233;rience la plus violente de la modernit&#233;. Ils ouvrirent les yeux, pour la plupart, dans la campagne immobile, encore, avec, &#224; l'horizon, les chemin&#233;es fumantes de la grosse industrie. Ils connurent la perfection et la fin des terroirs, &#224; l'apog&#233;e du fer et d&#233;j&#224; son d&#233;clin. Car sous les apparences ensoleill&#233;es, charmantes, de la Belle &#224;&#8240;poque, derri&#232;re les grandes permanences, les apprentis sorciers, les adeptes de la magie blanche et noire, les savants, les politiques, les ing&#233;nieurs, les doctrinaires, les assassins sont &#224; l&#1370;&#339;uvre et s'appr&#224;&#170;tent. Des enfants qui ont pouss&#233;, comme tous l'ont fait depuis que l'enfance existe, dans un canton verdoyant ou, en plus petit nombre, dans les rues sans voitures, provinciales, d'un gros bourg ou d'une capitale, ces innocents, par l'op&#233;ration de quelques prodigieuses ann&#233;es, se hissent dans la carlingue d'un B-17 G pour faire pleuvoir non pas le soufre, mais le phosphore, qui est autrement destructeur, sur les cit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Bergounioux, &lt;i&gt;B-17 G&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>l'indicible n'est pas tapi dans l'&#233;criture, il est ce qui l'a bien avant d&#233;clench&#233;e</title>
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		<dc:subject>enfance</dc:subject>
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		<dc:subject>Perec</dc:subject>
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		<description>&lt;p&gt;l'&#233;criture est le souvenir de leur mort et l'affirmation de ma vie&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;MsoNormal&#034; style=&#034;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: normal; text-align: justify; mso-pagination: none; mso-layout-grid-align: none&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-size: medium&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-family: Arial&#034;&gt;&lt;span style=&#034;mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;Mon enfance fait partie de ces choses dont je sais que je ne sais pas grand-chose. Elle est derri&#232;re moi, pourtant, elle est le sol sur lequel j'ai grandi, elle m'a appartenu, quelle que soit ma t&#233;nacit&#233; &#224; affirmer qu'elle ne m'appartient plus. J'ai longtemps cherch&#233; &#224; d&#233;tourner ou &#224; masquer ces &#233;vidences, m'enfermant dans le statut inoffensif de l'orphelin, de l'inengendr&#233;, du fils de personne. Mais l'enfance n'est ni nostalgie, ni terreur, ni paradis perdu, ni Toison d'or, mais peut-&#224;&#170;tre horizon, point de d&#233;part, coordonn&#233;es &#224; partir desquelles les axes de ma vie pourront trouver leur sens. M&#224;&#170;me si je n'ai pour &#233;tayer mes souvenirs improbables que le secours de photos jaunies, de t&#233;moignages rares et de documents d&#233;risoires, je n'ai pas d'autre choix que d'&#233;voquer ce que trop longtemps j'ai nomm&#233; l'irr&#233;vocable ; ce qui fut, ce qui s'arr&#224;&#170;ta, ce qui fut cl&#224;&#180;tur&#233; : ce qui fut, sans doute, pour aujourd'hui ne plus &#224;&#170;tre, mais ce qui fut aussi pour que je sois encore.&lt;br class='autobr' /&gt;
(...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Je dispose d'autres renseignements concernant mes parents ; je sais qu'ils ne me seront d'aucun secours pour dire ce que je voudrais en dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
(...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas, comme je l'ai longtemps avanc&#233;, l'effet d'une alternative sans fin entre la sinc&#233;rit&#233; d'une parole &#224; trouver et l'artifice d'une &#233;criture exclusivement pr&#233;occup&#233;e &#224; dresser ses remparts : c'est li&#233; &#224; la chose &#233;crite elle-m&#224;&#170;me, au projet de l'&#233;criture comme au projet du souvenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne sais pas si je n'ai rien &#224; dire, je sais que je ne dis rien ; je ne sais pas si ce que j'aurais &#224; dire n'est pas dit parce qu'il est l'indicible (l'indicible n'est pas tapi dans l'&#233;criture, il est ce qui l'a bien avant d&#233;clench&#233;e) ; je sais que ce que je dis est blanc, est neutre, est signe une fois pour toutes d'un an&#233;antissement une fois pour toutes.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est cela que je dis, c'est cela que j'&#233;cris et c'est cela seulement qui se trouve dans les mots que je trace, et dans les lignes que ces mots dessinent, et dans les blancs que laissent appara&#238;tre l'intervalle entre ces lignes : j'aurai beau traquer mes lapsus (par exemple j'avais &#233;crit &#171; commis &#187; au lieu de &#171; j'ai fait &#187;, &#224; propos des fautes de transcription dans le nom de ma m&#232;re), ou r&#224;&#170;vasser pendant deux heures sur la longueur de la capote de mon p&#232;re, ou chercher dans mes phrases, pour &#233;videmment les trouver aussit&#224;&#180;t, les r&#233;sonances mignonnes de l&#1370;&#339;dipe ou de la castration, je ne retrouverai jamais, dans mon ressassement m&#224;&#170;me, que l'ultime reflet d'une parole absente &#224; l'&#233;criture, le scandale de mon silence te de leur silence : je n'&#233;cris pas pour dire que je ne dirai rien, je n'&#233;cris pas pour dire que je n'ai rien &#224; dire. J'&#233;cris : j'&#233;cris parce que nous avons v&#233;cu ensemble, parce que j'ai &#233;t&#233; un parmi eux, ombre au milieu de leurs ombres, corps pr&#232;s de leurs corps ; j'&#233;cris parce qu'ils ont laiss&#233; en moi leur marque ind&#233;l&#233;bile et que la trace en est l'&#233;criture : leur souvenir est mort &#224; l'&#233;criture ; l'&#233;criture est le souvenir de leur mort et l'affirmation de ma vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Perec, &lt;i&gt;W ou le souvenir d'enfance&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&#034;font-size: 12pt; font-family: &#034;Times New Roman&#034;,&#034;serif&#034;; mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>prise de possession d'un monde int&#233;rieur</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<dc:subject>introspection</dc:subject>
		<dc:subject>lectures</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;cades</dc:subject>
		<dc:subject>Yourcenar</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ceux qui mettent le roman historique dans une cat&#233;gorie &#224; part oublient que le romancier ne fait jamais qu'interpr&#233;ter, &#224; l'aide des proc&#233;d&#233;s de son temps, un certain nombre de faits pass&#233;s, de souvenirs conscients ou non, tissus de la m&#224;&#170;me mati&#232;re qu' l'histoire. Tout autant que La Guerre et la Paix, l&#1370;&#339;uvre de Proust est la reconstitution d'un pass&#233; perdu. Le roman historique de 1830 verse, il est vrai, dans le m&#233;lo et le feuilleton de cape et d'&#233;p&#233;e ; pas plus que la sublime Duchesse de Langeais ou (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot199" rel="tag"&gt;Yourcenar&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;MsoNormal&#034; style=&#034;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: normal; text-align: justify; mso-pagination: none; mso-layout-grid-align: none&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-size: medium&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-family: Arial&#034;&gt;&lt;span style=&#034;mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;Ceux qui mettent le roman historique dans une cat&#233;gorie &#224; part oublient que le romancier ne fait jamais qu'interpr&#233;ter, &#224; l'aide des proc&#233;d&#233;s de son temps, un certain nombre de faits pass&#233;s, de souvenirs conscients ou non, tissus de la m&#224;&#170;me mati&#232;re qu' l'histoire. Tout autant que &lt;i&gt;La Guerre et la Paix&lt;/i&gt;, l&#1370;&#339;uvre de Proust est la reconstitution d'un pass&#233; perdu. Le roman historique de 1830 verse, il est vrai, dans le m&#233;lo et le feuilleton de cape et d'&#233;p&#233;e ; pas plus que la sublime &lt;i&gt;Duchesse de Langeais&lt;/i&gt; ou l'&#233;tonnante &lt;i&gt;Fille aux yeux d'or&lt;/i&gt;. Flaubert reconstruit laborieusement le palis d'Hamilcar &#224; l'aide de centaines de petits d&#233;tails ; c'est de la m&#224;&#170;me faa&#224;&#167;on qu'il proc&#232;de pour Yonville. De notre temps, le roman historique, ou ce que, par commodit&#233;, on consent &#224; nommer comme tel, ne peut &#224;&#170;tre que plong&#233; dans un temps retrouv&#233;, prise de possession d'un monde int&#233;rieur.&lt;br class='autobr' /&gt;
(...)&lt;br class='autobr' /&gt;
En un sens, toute vie racont&#233;e est exemplaire ; on &#233;crit pour attaquer ou pour d&#233;fendre un syst&#232;me du monde, pour d&#233;finir une m&#233;thode qui nous est propre. Il n'en est pas moins vrai que c'est par l'id&#233;alisation ou par l'&#233;reintement &#224; tout prix, par le d&#233;tail lourdement exag&#233;r&#233; ou prudemment omis, que se disqualifie presque tout biographe : l'homme construit remplace l'homme compris. Ne jamais perdre de vue le graphique d'une vie humaine, qui ne se compose pas, quoi qu'on dise, d'une horizontale et de deux perpendiculaires, mais bien plut&#224;&#180;t de trois lignes sinueuses, &#233;tir&#233;es &#224; l'infini, sans cesse rapproch&#233;es et divergeant sans cesse : ce qu'un homme a cru &#224;&#170;tre, ce qu'il a voulu &#224;&#170;tre, et ce qu'il fut. &lt;br class='autobr' /&gt;
(...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout &#224;&#170;tre qui a v&#233;cu l'aventure humaine est moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
M. Yourcenar, &lt;i&gt;M&#233;moires d'Hadrien, Carnets de notes&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&#034;font-size: 12pt; font-family: &#034;Times New Roman&#034;,&#034;serif&#034;; mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>des contours moins fermes</title>
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		<dc:subject>&#233;crire</dc:subject>
		<dc:subject>introspection</dc:subject>
		<dc:subject>lectures</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;cades</dc:subject>
		<dc:subject>Yourcenar</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quant l'observation de moi-m&#224;&#170;me, je m'y oblige, ne f&#224; &#187;t-ce que pour entrer en composition avec cet individu aupr&#232;s de qui je serai jusqu&#1370;au bout forc&#233; de vivre, mais une familiarit&#233; de pr&#232;s de soixante ans comporte encore bien des chances d'erreur. Au plus profond, ma connaissance de moi-m&#224;&#170;me est obscure, int&#233;rieure, informul&#233;e, secr&#232;te comme une complicit&#233;. Au plus impersonnel, elle est aussi glac&#233;e que les th&#233;ories que je puis &#233;laborer sur les nombres : j'emploie ce que j'ai d'intelligence &#224; voir de (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;lectures&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot193" rel="tag"&gt;d&#233;cades&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot199" rel="tag"&gt;Yourcenar&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;MsoNormal&#034; style=&#034;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: normal; text-align: justify; mso-pagination: none; mso-layout-grid-align: none&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-size: medium&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-family: Arial&#034;&gt;&lt;span style=&#034;mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;Quant l'observation de moi-m&#224;&#170;me, je m'y oblige, ne f&#224; &#187;t-ce que pour entrer en composition avec cet individu aupr&#232;s de qui je serai jusqu&#1370;au bout forc&#233; de vivre, mais une familiarit&#233; de pr&#232;s de soixante ans comporte encore bien des chances d'erreur. Au plus profond, ma connaissance de moi-m&#224;&#170;me est obscure, int&#233;rieure, informul&#233;e, secr&#232;te comme une complicit&#233;. Au plus impersonnel, elle est aussi glac&#233;e que les th&#233;ories que je puis &#233;laborer sur les nombres : j'emploie ce que j'ai d'intelligence &#224; voir de loin et de plus haut ma vie, qui devient alors la vie d'un autre. Mais ces deux proc&#233;d&#233;s de connaissance sont difficiles, et demandent l'une une descente en soi, l'autre, une sortie hors de soi-m&#224;&#170;me. Par inertie, je tends, comme tout le monde &#224; leur substituer des moyens de pure routine, une id&#233;e de ma vie partiellement modifi&#233;e par l'image que le public s'en forme, des jugements tout faits, c'est-&#224; -dire mal faits, comme un patron tout pr&#233;par&#233; auquel un tailleur maladroit adopte laborieusement l'&#233;toffe qui est &#224; nous. &#224;&#8240;quipement de valeur in&#233;gale ; outils plus ou moins &#233;mouss&#233;s ; mais je n'en ai pas d'autres : c'est avec eux que je me fa&#224;&#167;onne tant bien que mal une id&#233;e de ma destin&#233;e d'homme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand je consid&#232;re ma vie, je suis &#233;pouvant&#233; de la trouver informe. L'existence des h&#233;ros, celle qu'on nous raconte, est simple ; elle va droit au but comme une fl&#232;che. Et la plupart des hommes aiment &#224; r&#233;sumer leur vie dans une formule, parfois dans une vanterie ou dans une plainte, presque toujours dans une r&#233;crimination ; leur m&#233;moire leur fabrique complaisamment une existence explicable et claire. Ma vie a des contours moins fermes. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les r&#233;gions de montagne, de mat&#233;riaux divers entass&#233;s p&#224;&#170;le-m&#224;&#170;le. J'y rencontre ma nature, d&#233;j&#224; composite, form&#233;e en parties &#233;gales d'instinct et de culture. &#224;&#8225;&#224; et l&#224; , affleurent les granits de l'in&#233;vitable ; partout, les &#233;boulements du hasard. Je m'efforce de reparcourir ma vie pour y trouver un plan, y suivre une veine de plomb ou d'or, ou l'&#233;coulement d'une rivi&#232;re souterraine, mais ce plan tout factice n'est qu'un trompe-l&#1370;&#339;il du souvenir. De temps en temps, dans une rencontre, un pr&#233;sage, une suite d&#233;finie d'&#233;v&#233;nements, je crois reconna&#238;tre une fatalit&#233;, mais trop de routes ne m&#232;nent nulle part, trop de sommes ne s'additionnent pas. Je per&#224;&#167;ois bien dans cette diversit&#233;, dans ce d&#233;sordre, la pr&#233;sence d'une personne, mais sa forme semble presque toujours trac&#233;e par la pression des circonstances ; ses traits se brouillent comme une image refl&#233;t&#233;e sur l'eau. Je ne suis pas de ceux qui disent que leurs actions ne leur ressemblent pas. Il faut bien qu'elles le fassent, puisqu'elles sont ma seule mesure, et le seul moyen de me dessiner dans la m&#233;moire des hommes, ou m&#224;&#170;me dans la mienne propre ; puisque c'est peut-&#224;&#170;tre l&#1370;impossibilit&#233; de continuer &#224; s'exprimer et &#224; se modifier par l'action qui constitue la diff&#233;rence entre l'&#233;tat de mort et celui de vivant. Mais il y a entre moi et ces actes dont je suis fait un hiatus ind&#233;finissable. Et la preuve, c'est que j'&#233;prouve sans cesse le besoin de les peser, de les expliquer, d'en rendre compte &#224; moi-m&#224;&#170;me. Certains travaux qui dur&#232;rent peu sont assur&#233;ment n&#233;gligeables, mais des occupations qui s'&#233;tendirent sur toute la vie ne signifient pas davantage. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Les trois quart de ma vie &#233;chappent d'ailleurs &#224; cette d&#233;finition par les actes : la masse de mes vell&#233;it&#233;s, de mes d&#233;sirs, de mes projets m&#224;&#170;me, demeure aussi n&#233;buleuse et aussi fuyante qu'un fant&#224;&#180;me. Le reste, la partie palpable, plus ou moins authentifi&#233;e par les faits, est &#224; peine plus distincte, et la s&#233;quence des &#233;v&#233;nements aussi confuse que celle des songes. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais l'esprit humain r&#233;pugne &#224; s'accepter des mains du hasard, &#224; n'&#224;&#170;tre que le produit passager de chances auxquelles aucun dieu ne pr&#233;side, surtout pas lui-m&#224;&#170;me. Une partie de chaque vie, et m&#224;&#170;me de chaque vie fort peu digne de regard, se passe &#224; rechercher les raisons d'&#224;&#170;tre, les points de d&#233;part, les sources.&lt;br class='autobr' /&gt;
M. Yourcenar, &lt;i&gt;M&#233;moires d'Hadrien&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&#034;font-size: 12pt; font-family: &#034;Times New Roman&#034;,&#034;serif&#034;; mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>fid&#232;les reflets du monde qui les narguait</title>
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		<dc:date>2015-10-06T06:55:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>M.B.</dc:creator>


		<dc:subject>lectures</dc:subject>
		<dc:subject>Perec</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;cades</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ils auraient voulu, parfois, que tout dure, que rien ne bouge. Ils n'auraient qu'&#224; se laisser aller. Leur vie les bercerait. Elle s'&#233;tendrait au fil des mois, tout au long des ann&#233;es, sans changer, presque, sans jamais les contraindre. Elle ne serait que la suite harmonieuse des journ&#233;es et des nuits, une modulation presque imperceptible, la reprise incessante des m&#224;&#170;mes th&#232;mes, un bonheur continu, une saveur perp&#233;tu&#233;e que nul bouleversement, nul &#233;v&#233;nement tragique, nulle p&#233;rip&#233;tie ne remettrait en (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;MsoNormal&#034; style=&#034;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: normal; text-align: justify; mso-pagination: none; mso-layout-grid-align: none&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-size: medium&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-family: Arial&#034;&gt;&lt;span style=&#034;mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;Ils auraient voulu, parfois, que tout dure, que rien ne bouge. Ils n'auraient qu'&#224; se laisser aller. Leur vie les bercerait. Elle s'&#233;tendrait au fil des mois, tout au long des ann&#233;es, sans changer, presque, sans jamais les contraindre. Elle ne serait que la suite harmonieuse des journ&#233;es et des nuits, une modulation presque imperceptible, la reprise incessante des m&#224;&#170;mes th&#232;mes, un bonheur continu, une saveur perp&#233;tu&#233;e que nul bouleversement, nul &#233;v&#233;nement tragique, nulle p&#233;rip&#233;tie ne remettrait en question.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autres fois, ils n'en pouvaient plus. Ils voulaient se battre, et vaincre. Ils voulaient lutter, conqu&#233;rir leur bonheur. Mais comment lutter ? Contre qui ? contre quoi ? Ils vivaient dans un monde &#233;trange et chatoyant, l'univers miroitant de la civilisation mercantile, les prisons de l'abondance, les pi&#232;ges fascinants du bonheur.&lt;br class='autobr' /&gt;
O&#249; &#233;taient les dangers ? O&#249; &#233;taient les menaces ? Des millions d'hommes, jadis, se sont battus, et m&#224;&#170;me se battent encore, pour du pain. J&#233;r&#224;&#180;me et Sylvie ne croyaient gu&#232;re que l'on p&#224; &#187;t se battre pour des divans Chesterfield. Mais c'e&#224; &#187;t &#233;t&#233; pourtant le mot d'ordre qui les aurait le plus facilement mobilis&#233;s. Rien ne les concernait, leur semblait-il, dans les programmes, dans les plans : ils se moquaient des retraites avanc&#233;es, des vacances allong&#233;es, des repas de midi gratuits, des semaines de trente heures. Ils voulaient la surabondance ; ils r&#224;&#170;vaient de platines Cl&#233;ment, de plages d&#233;sertes pour eux seuls, de tours du monde, de palaces.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ennemi &#233;tait invisible. Ou, plut&#224;&#180;t, il &#233;tait en eux, il les avait pourris, gangren&#233;s, ravag&#233;s. Ils &#233;taient les dindons de la farce. De petits &#224;&#170;tres dociles, les fid&#232;les reflets du monde qui les narguait. Ils &#233;taient enfonc&#233;s jusqu'au cou dans un g&#224;&#162;teau dont ils n'auraient jamais que les miettes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Georges Perec, &lt;i&gt;Les Choses&lt;/i&gt;, 1966.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&#034;font-size: 12pt; font-family: &#034;Times New Roman&#034;,&#034;serif&#034;; mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>c'&#233;tait fini</title>
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		<dc:date>2015-05-16T07:50:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>M.B.</dc:creator>


		<dc:subject>lectures</dc:subject>
		<dc:subject>Modiano</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Je suis entr&#233; dans le jardin en fendant la foule mass&#233;e devant les grilles. tous les bancs, toutes les chaises &#233;taient occup&#233;s et il y avait une grande affluence dans les all&#233;es. Des jeunes gens &#233;taient assis sur les balustrades et sur les marches qui descendent vers le bassin central, si nombreux qu'on ne pouvait plus acc&#233;der &#224; cette partie du jardin. Mais cela n'avait aucune importance. J'&#233;tais heureux de me perdre dans cette foule et &#8212; selon l'expression de Jansen &#8212; de me fondre dans le d&#233;cor. Il (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;MsoNormal&#034; style=&#034;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: normal; text-align: justify; mso-pagination: none; mso-layout-grid-align: none&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-size: medium&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-family: Arial&#034;&gt;&lt;span style=&#034;mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;Je suis entr&#233; dans le jardin en fendant la foule mass&#233;e devant les grilles. tous les bancs, toutes les chaises &#233;taient occup&#233;s et il y avait une grande affluence dans les all&#233;es. Des jeunes gens &#233;taient assis sur les balustrades et sur les marches qui descendent vers le bassin central, si nombreux qu'on ne pouvait plus acc&#233;der &#224; cette partie du jardin. Mais cela n'avait aucune importance. J'&#233;tais heureux de me perdre dans cette foule et &#8212; selon l'expression de Jansen &#8212; de me fondre dans le d&#233;cor.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il restait assez de place &#8212; une vingtaine de centim&#232;tres &#8212; pour m'asseoir &#224; l&#1370;extr&#233;mit&#233; d'un banc. Mes voisins n'ont m&#224;&#170;me pas eu besoin de se pousser. Nous &#233;tions sous les marronniers qui nous prot&#233;geaient du soleil, tout pr&#232;s de la statue de marbre blanc de Vell&#233;da. Une femme, derri&#232;re moi, bavardait avec une amie et leurs paroles me ber&#224;&#167;aient : il &#233;tait question d'une certaine Suzanne, qui avait &#233;t&#233; mari&#233;e &#224; un certain Raymond. Raymond &#233;tait l'ami de Robert, et Robert, le fr&#232;re de l'une des femmes. Au d&#233;but, j'essayais de concentrer mon attention sur ce qu'elles disaient et de recueillir quelques d&#233;tails qui me serviraient de points de rep&#232;re pour que les destins de Robert, de Suzanne et de Raymond sortent peu &#224; peu de l'inconnu. Qui sait ? Par le fait du hasard, dont on ignorera toujours les combinaisons infinies, peut-&#224;&#170;tre Suzanne, peut-&#224;&#170;tre Robert et Raymond avaient-ils un jour crois&#233; dans la rue ?&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais frapp&#233; d'une somnolence. Des mots me parvenaient encore &#224; travers un brouillard ensoleill&#233; : Raymond... Suzanne... Livry-Gargan... &#224;&#8364; la base... P&#233;pin dans l&#1370;&#339;il... &#225;&#184;&#8221;ze-sur-Mer pr&#232;s de Nice... La caserne des pompiers du boulevard Diderot... Le flot des passants dans l'all&#233;e augmentait encore cet &#233;tat de demi-sommeil. Je me rappelais la r&#233;flexion de Jansen : &#171; Ne vous inqui&#233;tez pas, mon petit... Moi aussi il m'est souvent arriv&#233; de tomber dans des trous noirs... &#187; Mais l&#224; , ce n'&#233;tait m&#224;&#170;me plus un &#171; trou noir &#187; comme celui que j'avais &#233;prouv&#233; &#224; dix-neuf ans &#224; la terrasse du caf&#233; de la Paix. J'&#233;tais presque soulag&#233; de cette perte progressive d'identit&#233;. Je percevais encore quelques mots, les voix des deux femmes devenaient plus douces, plus lointaines... La Fert&#233;-Alais... Cavaleur... Il le lui a rendu en gentillesse... Voyage autour du monde...&lt;br class='autobr' /&gt;
J'allais dispara&#238;tre dans ce jardin, parmi la foule du lundi de p&#224;&#162;ques. Je perdais la m&#233;moire et je ne comprenais plus tr&#232;s bien le fran&#224;&#167;ais car les paroles de mes voisines n'&#233;taient maintenant &#224; mes oreilles que des onomatop&#233;es. Les efforts que j'avais fournis depuis trente ans pour exercer un m&#233;tier, donner une coh&#233;rence &#224; ma vie, t&#224;&#162;cher de parler et d'&#233;crire une langue le mieux possible afin d'&#224;&#170;tre bien s&#224; &#187;r de ma nationalit&#233;, toute cette tension se rel&#224;&#162;chait brusquement. C'&#233;tait fini. Je n'&#233;tais plus rien. Tout &#224; l'heure, je me glisserais hors de ce jardin en direction d'une station de m&#233;tro, puis d'une gare et d'un port. &#224;&#8364; la fermeture des grilles, il ne resterait de moi que l'imperm&#233;able que je portais, roul&#233; en boule, sur un banc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Modiano, &lt;i&gt;Chien de printemps&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&#034;font-size: 12pt; font-family: &#034;Times New Roman&#034;,&#034;serif&#034;; mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>vers une autre conqu&#224;&#170;te</title>
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		<dc:date>2014-11-27T11:24:13Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>M.B.</dc:creator>


		<dc:subject>&#233;crire</dc:subject>
		<dc:subject>lectures</dc:subject>
		<dc:subject>Fran&#231;ois Bon</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les ann&#233;es qu'il faut pour arr&#224;&#170;ter le flux entrant du monde et lui tourner le dos, partir vers une autre conqu&#224;&#170;te.
&lt;br class='autobr' /&gt;
Fran&#224;&#167;ois Bon, L'enterrement&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;MsoNormal&#034; style=&#034;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: normal; text-align: justify; mso-pagination: none; mso-layout-grid-align: none&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-size: medium&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-family: Arial&#034;&gt;&lt;span style=&#034;mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;Les ann&#233;es qu'il faut pour arr&#224;&#170;ter le flux entrant du monde et lui tourner le dos, partir vers une autre conqu&#224;&#170;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fran&#224;&#167;ois Bon, &lt;i&gt;L'enterrement&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&#034;font-size: 12pt; font-family: &#034;Times New Roman&#034;,&#034;serif&#034;; mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>en lisant Zola #1</title>
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		<dc:date>2014-09-10T08:49:38Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>M.B.</dc:creator>


		<dc:subject>&#233;crire</dc:subject>
		<dc:subject>lectures</dc:subject>
		<dc:subject>Zola</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Zola parlait de cur&#233;e ; aujourd'hui, c'est de d&#233;pe&#231;age qu'il faudrait parler/&#233;crire. Chez Zola, les loups sont autant financiers, politiques qu'alcooliques. Cette image qu'on donne des Rougon-Macquart &#224; l'&#233;cole, dans les manuels, &#224; petits coups d'extraits bien limit&#233;s : mis&#232;re, alcoolisme, pauvret&#233;, d&#233;ch&#233;ance, quand il est aussi question de fortunes b&#226;ties par tous ceux qui d&#233;testent l'id&#233;e m&#234;me de R&#233;publique. Ce que cache ce d&#233;go&#251;t si souvent affich&#233; pour Zola. Le personnage du vieux dans La faute de l'abb&#233; (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;MsoNormal&#034; style=&#034;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: normal; text-align: justify; mso-pagination: none; mso-layout-grid-align: none&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-size: medium&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-family: Arial&#034;&gt;&lt;span style=&#034;mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;Zola parlait de cur&#233;e ; aujourd'hui, c'est de &lt;i&gt;d&#233;pe&#231;age&lt;/i&gt; qu'il faudrait parler/&#233;crire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chez Zola, les loups sont autant financiers, politiques qu'alcooliques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette image qu'on donne des Rougon-Macquart &#224; l'&#233;cole, dans les manuels, &#224; petits coups d'extraits bien limit&#233;s : mis&#232;re, alcoolisme, pauvret&#233;, d&#233;ch&#233;ance, quand il est aussi question de fortunes b&#226;ties par tous ceux qui d&#233;testent l'id&#233;e m&#234;me de R&#233;publique. Ce que cache ce d&#233;go&#251;t si souvent affich&#233; pour Zola.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le personnage du vieux dans &lt;i&gt;La faute de l'abb&#233; Mouret&lt;/i&gt;, lecteur d'une biblioth&#232;que datant du 18&#232;me si&#232;cle : le naturalisme, loin du clich&#233; du sombre, h&#233;ritier des Lumi&#232;res, et parfois solaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Beaut&#233; des femmes. Le bonheur passe aussi par la chair.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;crivain de la ville capable aussi de paysages, et cette figure centrale du jardin dans les premiers tomes (&lt;i&gt;La Faute de l'abb&#233; Mouret&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La conqu&#234;te de Plassans&lt;/i&gt;).&lt;br class='autobr' /&gt;
La maison qui br&#251;le (&lt;i&gt;La conqu&#234;te de Plassans&lt;/i&gt;), les ruines d'un pass&#233; (&lt;i&gt;La Faute de l'abb&#233; Mouret&lt;/i&gt;), l'h&#244;tel d&#233;sormais ferm&#233; (&lt;i&gt;L'Assommoir&lt;/i&gt;).&lt;br class='autobr' /&gt;
La voix des extr&#234;mes et des r&#233;actions de toutes sortes sont sans aucun doute aussi port&#233;es par nos silences. Tant de fa&#231;ons de (se) divertir.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&#034;font-size: 12pt; font-family: &#034;Times New Roman&#034;,&#034;serif&#034;; mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>un cimeti&#232;re pour appui</title>
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		<dc:creator>M.B.</dc:creator>


		<dc:subject>morts</dc:subject>
		<dc:subject>Zola</dc:subject>

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&lt;p&gt;entrepris cet &#233;t&#233; la travers&#233;e des Rougon-Macquart, lentement mais s&#224; &#187;rement ; c'est sur un cimeti&#232;re que l'ensemble trouve son appui ; importance des maisons et des jardins, c'est par eux que tout s'organise ; images de la cur&#233;e et du loup qui tr&#232;s vite se mettent en place &lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsqu&#1370;on sort de Plassans par la porte de Rome, situ&#233;e au sud de la ville, on trouve, &#224; droite de la route de Nice, apr&#232;s avoir d&#233;pass&#233; les premi&#232;res maisons du faubourg, un terrain vague d&#233;sign&#233; dans le pays sous le nom d&#1370;aire (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;entrepris cet &#233;t&#233; la travers&#233;e des Rougon-Macquart, lentement mais s&#224; &#187;rement ; c'est sur un cimeti&#232;re que l'ensemble trouve son appui ; importance des maisons et des jardins, c'est par eux que tout s'organise ; images de la cur&#233;e et du loup qui tr&#232;s vite se mettent en place&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu&#1370;on sort de Plassans par la porte de Rome, situ&#233;e au sud de la ville, on trouve, &#224; droite de la route de Nice, apr&#232;s avoir d&#233;pass&#233; les premi&#232;res maisons du faubourg, un terrain vague d&#233;sign&#233; dans le pays sous le nom d&#1370;aire Saint-Mittre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#1370;aire Saint-Mittre est un carr&#233; long, d&#1370;une certaine &#233;tendue, qui s&#1370;allonge au ras du trottoir de la route, dont une simple bande d&#1370;herbe us&#233;e la s&#233;pare. D&#1370;un c&#224;&#180;t&#233;, &#224; droite, une ruelle, qui va se terminer en cul-de-sac, la borde d&#1370;une rang&#233;e de masures ; &#224; gauche et au fond, elle est close par deux pans de muraille rong&#233;s de mousse, au-dessus desquels on aper&#224;&#167;oit les branches hautes des m&#224; &#187;riers du Jas-Meiffren, grande propri&#233;t&#233; qui a son entr&#233;e plus bas dans le faubourg. Ainsi ferm&#233;e de trois c&#224;&#180;t&#233;s, l&#1370;aire est comme une place qui ne conduit nulle part et que les promeneurs seuls traversent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anciennement, il y avait l&#224; un cimeti&#232;re plac&#233; sous la protection de Saint-Mittre, un saint proven&#224;&#167;al fort honor&#233; dans la contr&#233;e. Les vieux de Plassans, en 1851, se souvenaient encore d&#1370;avoir vu debout les murs de ce cimeti&#232;re, qui &#233;tait rest&#233; ferm&#233; pendant des ann&#233;es. La terre, que l&#1370;on gorgeait de cadavres depuis plus d&#1370;un si&#232;cle, suait la mort, et l&#1370;on avait d&#224; &#187; ouvrir un nouveau champ de s&#233;pultures &#224; l&#1370;autre bout de la ville. Abandonn&#233;, l&#1370;ancien cimeti&#232;re s&#1370;&#233;tait &#233;pur&#233; &#224; chaque printemps, en se couvrant d&#1370;une v&#233;g&#233;tation noire et drue. Ce sol gras, dans lequel les fossoyeurs ne pouvaient plus donner un coup de b&#224;&#170;che sans arracher quelque lambeau humain, eut une fertilit&#233; formidable. De la route, apr&#232;s les pluies de mai et les soleils de juin, on apercevait les pointes des herbes qui d&#233;bordaient les murs ; en dedans, c&#1370;&#233;tait une mer d&#1370;un vert sombre, profonde, piqu&#233;e de fleurs larges, d&#1370;un &#233;clat singulier. On sentait en dessous, dans l&#1370;ombre des tiges press&#233;es, le terreau humide qui bouillait et suintait la s&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des curiosit&#233;s de ce champ &#233;tait alors des poiriers aux bras tordus, aux n&#339;uds monstrueux, dont pas une m&#233;nag&#232;re de Plassans n&#1370;aurait voulu cueillir les fruits &#233;normes. Dans la ville, on parlait de ces fruits avec des grimaces de d&#233;go&#224; &#187;t ; mais les gamins du faubourg n&#1370;avaient pas de ces d&#233;licatesses, et ils escaladaient la muraille, par bandes, le soir, au cr&#233;puscule, pour aller voler les poires, avant m&#224;&#170;me qu&#1370;elles fussent m&#224; &#187;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie ardente des herbes et des arbres eut bient&#224;&#180;t d&#233;vor&#233; toute la mort de l&#1370;ancien cimeti&#232;re Saint-Mittre ; la pourriture humaine fut mang&#233;e avidement par les fleurs et les fruits, et il arriva qu&#1370;on ne sentit plus, en passant le long de ce cloaque, que les senteurs p&#233;n&#233;trantes des girofl&#233;es sauvages. Ce fut l&#1370;affaire de quelques &#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zola, &lt;i&gt;La Fortune des Rougon&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>purg&#233;e de ses rumeurs</title>
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		<dc:date>2014-05-09T08:39:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>M.B.</dc:creator>


		<dc:subject>introspection</dc:subject>
		<dc:subject>lectures</dc:subject>
		<dc:subject>Julien Gracq</dc:subject>

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&lt;p&gt;Il y a dans notre vie des matins privil&#233;gi&#233;s o&#249; l'avertissement nous parvient, o&#249; d&#232;s l'&#233;veil r&#233;sonne pour nous, &#224; travers une fl&#224;&#162;nerie d&#233;s&#339;uvr&#233;e qui se prolonge, une note plus grave, comme on s'attarde, le c&#339;ur brouill&#233;, &#224; manier un &#224; un les objets familiers de sa chambre &#224; l'instant d'un grand d&#233;part. Quelque chose comme une alerte lointaine se glisse jusqu'&#224; nous dans ce vide clair du matin plus rempli de pr&#233;sages que les songes ; c&#1370;est peut-&#224;&#170;tre le bruit d'un pas isol&#233; sur le pav&#233; des rues, ou le premier cri (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;Julien Gracq&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;MsoNormal&#034; style=&#034;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: normal; text-align: justify; mso-pagination: none; mso-layout-grid-align: none&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-size: medium&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-family: Arial&#034;&gt;&lt;span style=&#034;mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;Il y a dans notre vie des matins privil&#233;gi&#233;s o&#249; l'&lt;i&gt;avertissement&lt;/i&gt; nous parvient, o&#249; d&#232;s l'&#233;veil r&#233;sonne pour nous, &#224; travers une fl&#224;&#162;nerie d&#233;s&#339;uvr&#233;e qui se prolonge, une note plus grave, comme on s'attarde, le c&#339;ur brouill&#233;, &#224; manier un &#224; un les objets familiers de sa chambre &#224; l'instant d'un grand d&#233;part. Quelque chose comme une alerte lointaine se glisse jusqu'&#224; nous dans ce vide clair du matin plus rempli de pr&#233;sages que les songes ; c&#1370;est peut-&#224;&#170;tre le bruit d'un pas isol&#233; sur le pav&#233; des rues, ou le premier cri d'un oiseau parvenu faiblement &#224; travers le dernier sommeil ; mais ce bruit de pas &#233;veille dans l'&#224;&#162;me une r&#233;sonance de cath&#233;drale vide, ce cri passe comme sur les espaces du large, et l'oreille se tend dans le silence sur un vide en nous qui soudain n'a pas plus d'&#233;cho que la mer. Notre &#224;&#162;me s'est purg&#233;e de ses rumeurs et du brouhaha de foule qui l'habite ; une note fondamentale se r&#233;jouit en elle qui en r&#233;veille l'exacte capacit&#233;. Dans la mesure intime de la vie qui nous est rendue, nous renaissons &#224; notre force et &#224; notre joie, mais parfois cette note est grave et nous surprend comme le pas d'un promeneur qui fait r&#233;sonner une caverne : c'est qu'une br&#232;che s'est ouverte pendant notre sommeil, qu'une paroi nouvelle s'est effondr&#233;e sous la pouss&#233;e de nos songes, et qu'il nous faudra vivre maintenant pour de longs jours comme dans une chambre famili&#232;re dont la porte battrait inopin&#233;ment sur une grotte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Julien Gracq, &lt;i&gt;Le Rivage des Syrtes&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&#034;font-size: 12pt; font-family: &#034;Times New Roman&#034;,&#034;serif&#034;; mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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