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	<title>Michel Brosseau | &#224; chat perch&#233;</title>
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		<title>jusqu'&#224; ce point de convergence</title>
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		<dc:creator>M.B.</dc:creator>


		<dc:subject>ville</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;N'est-ce pas &#233;trange que des gens passent toute une vie sans m&#234;me fr&#244;ler le drame ? Georges Simenon, &lt;i&gt;Le Blanc &#224; lunettes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div style=&#034;text-align:justify&#034;&gt;
Une simple altercation pour point de d&#233;part. Rien de bien grave. Une histoire de bonnet. De marque, soit, mais un bonnet. Gucci. &#199;a tout le monde en est s&#251;r. Un bonnet Gucci. C'est la pause de midi quand tout arrive. Ils ont parfois peu de temps pour manger, les lyc&#233;ens. A peine une heure. Se d&#233;p&#234;chent d'aller au self pour pas trop faire la queue. Eux deux sont sortis du lyc&#233;e. Un truc &#224; pizza pas loin. Autour des pavillons un peu vieillots. Avec jardinets, o&#249; des arbres ont eu le temps de grandir. Un quartier tranquille, comme on aime &#224; dire. C'est encore la ville, mais d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;cart. Ils sont sortis du lyc&#233;e par le portail gris, ont laiss&#233; les b&#226;timents tout blancs derri&#232;re eux. Le d&#233;cor s'offre &#224; l'&#233;cran. En dit un peu plus que les mots des journaux. Les articles sont l&#224; eux aussi sur l'&#233;cran. D'une fen&#234;tre &#224; l'autre. Des mots au d&#233;cor, du d&#233;cor aux mots. Comprendre quoi ? Former quelques images. Approcher. Suivre quelques traces dans la ville. Et en soi. Ils ont franchi le portail. Remont&#233; la rue sur la gauche pendant une cinquantaine de m&#232;tres. On pourrait mesurer plus pr&#233;cis mais &#231;a n'apporterait rien. Pas plus que la couleur du bonnet. De l'autre c&#244;t&#233; de la rue, il y a la fa&#231;ade de l'internat. Avec dans la pierre l'inscription qui ne veut plus dire grand-chose aujourd'hui : &lt;i&gt;internat du lyc&#233;e de jeunes filles&lt;/i&gt;. Autre &#233;poque. Ils n'y font plus attention &#224; force. N'y ont peut-&#234;tre jamais fait gaffe. Ou ils en ont rigol&#233;. Imagin&#233; toutes ces filles derri&#232;re ces murs. Du temps de leurs parents l'inscription n'avait sans doute d&#233;j&#224; plus de sens. Et pas s&#251;r que leurs parents soient pass&#233;s par le lyc&#233;e. Tout &#231;a c'est d'avant. Un autre monde. Lointain. Eux longent le mur pour aller au parking. Pas la premi&#232;re fois qu'ils s'y retrouvent. La semaine d'avant. S'&#233;taient embrouill&#233;s. &#192; cause du bonnet d&#233;j&#224;. Le sang chaud tous les deux. Une histoire de caract&#232;res, ce qui s'est pass&#233;. L'explication est simple. Et chacun sur ces mots-l&#224; peut greffer ce qu'il souhaite. De jeunesse. De vitalit&#233;. Ou d'exotisme. D'outrance aussi. D'aller trop loin sans r&#233;fl&#233;chir. Trop vite. Franchir le pas comme en aveugle. Ne rien calculer. Un &#233;lan o&#249; tous deux confondus. Celui qui tue. Celui qui meurt. Ce n'est pas donner la mort. Ou la recevoir. Mais deux qui s'entra&#238;nent inexorables. Mais c'est ne rien dire du temps qui s'&#233;coule. Du r&#233;cit qu'on construit. Ce qu'il m'a fait. Ce qu'il m'a dit. Comment tout &#231;a s'agence. C'est avancer en zones d'ombre. Et ce &#224; quoi on vient heurter. Dedans. Dehors. C'est ne rien dire du ch&#339;ur qui se met en place. Se souvenir des cercles de gosses dans les cours d'&#233;cole. Corps venus former l'ar&#232;ne. Le ch&#339;ur est plus discret. On a grandi. Mais les mots. Ceux qu'on prononce. Ceux qu'on &#233;crit. Mots des l&#232;vres. Mots des &#233;crans. Et comment on ressasse. Et retrouve ce qui en soi de violence. Le sang chaud. Un &#233;l&#232;ve qui les connaissait l'a dit aux journalistes. Qui les connaissait. De quoi ? Comment ? On n'en sait rien. Mais voil&#224; il a parl&#233;. Il ajoute. En faire un point d'honneur. De r&#233;cup&#233;rer le bonnet. Un point d'honneur De le garder. De ne pas c&#233;der. Pas qu'une histoire de caract&#232;res. Le regard des autres. La place qu'on occupe. Continuer de tenir en &#233;quilibre sous le regard. Pouvoir garder sa place au sein. Tenir son rang. Une m&#233;canique qui passe aussi par les mots. Et s'il &#233;tait &#224; moi maintenant ? Ou un geste. Une main qui se referme sur le bonnet. La main qui s'&#233;loigne. Le bras qui se l&#232;ve. C'est troph&#233;e qu'on brandit. Et puis le regard. Ce qu'il dit. Ce qu'il nie. Ce qu'on croit y lire. Ce qu'on y place. C'est provocation. C'est se mesurer. Ou alors une histoire de thunes. Et les gestes et les mots qui vont avec. Qu'il faut tenir parole. Payer la somme convenue. Vingtaine d'euros. Les journaux disent &#231;a. Une histoire de thunes. Pas une grosse somme. Mais une histoire de principes. Sans forc&#233;ment se demander ce qu'on met en premier. La vie. La thune. Ou l'honneur. De l'image qu'on a de soi. De celle qu'on vous renvoie. Comment deviner ? Qu'&#224; la d&#233;fendre co&#251;te que co&#251;te cette image, c'est aussi soi qu'on d&#233;truit. L'autre et soi. Soi et l'autre. Et si le deviner, quelle douleur ? Quelle f&#234;lure et passer outre ? Coups port&#233;s, quel vertige ? De lui &#224; terre et soi debout. S'&#233;loigner du corps. Du trop de mort. Du sang. Lui qui trahit. Quand revenu au lyc&#233;e. Y chercher quoi ? Sinon faire marche arri&#232;re. Bien qu'impossible. Taches de sang au sol d'un couloir. L'alerte donn&#233;e par un prof. Errant ensanglant&#233;. Si s'asseoir dans une de ces salles &#233;tait possible. S'y glisser et que rien. Comme l'espoir d'une magie. Pendant que le corps au parking. D&#233;couvert par qui ? Les journaux n'en disent rien. Flics et pompiers. Le corps au sol. Pendant que dans les couloirs. Fait quoi du couteau ? Qu'&#224; la main encore. Ou gliss&#233; dans une poche. La lame qu'il faut rabattre. Et ce poids dans la poche. Ce sang sur les mains. Sur les v&#234;tements. Le sien. Le leur. Passer aux toilettes. Rincer. Effacer. Quand l'eau n'y peut mais. Et soi dans la glace. Et l'envie ou pas de vomir. Ne pas rester l&#224;. Se d&#233;barrasser du couteau. Dans le canal. Le jeter. Qu'il disparaisse. Sortir d'ici. Entendre quoi ? Les voix des profs. Les Cd des cours de langue. Ou rien que ses battements panique. Le canal n'est pas loin. Canal du Berry. Une plaque d'&#233;gout aurait suffi. Mais le canal est si proche. Trois cents m&#232;tres pour le rejoindre. Il prend &#224; gauche en sortant du lyc&#233;e. Longe rue Vauvert les murs du lyc&#233;e. Une haie d'arbustes. Un grillage. Un dernier b&#226;timent. Une porte avec cadenas. Et un panneau acc&#232;s interdit aux &#233;l&#232;ves. Le mur cr&#233;pi d'une maison. Un portail bleu clair. Une boutique Chrono Pizza. Un mur de pierres. L'entr&#233;e de ce qui fut une ferme. Il rejoint le boulevard de l'avenir. Y lire quel signe ? Ou rien. Un panneau de pub &#224; l'angle du boulevard. Feux rouges. Un boulevard de sortie de ville. Un arr&#234;t de bus. Une station de lavage &#233;l&#233;phant bleu. D'autres panneaux de pub. Des conteneurs pour le tri s&#233;lectif. Une station Elf. Des immeubles de deux &#233;tages. Aux entr&#233;es vitr&#233;es comme des serres. B&#233;ton gris. B&#233;ton sale. Marcher en ligne droite. D'autres immeubles. Ros&#233;s cette fois. Des parkings. &#192; gauche le b&#226;timent de la DDASS. Il passe le carrefour. Feux suspendus. Rue du champ de foire. Avenue Louis XI. Les immeubles sont hauts. Le canal est sur la gauche. L&#224; que balancer le couteau. A couvert des arbres plant&#233;s le long de l'avenue. Imaginer des reflets sur l'eau. Silhouettes des arbres. Balcons des immeubles. Lancer le couteau. Le bruit que &#231;a fait. Et les reflets troubl&#233;s. S'effacent. Et se reforment. Partir. Quitter la ville. Vite. Perte de temps ce passage au canal. Mais c'est sans doute la m&#234;me chose. Fuir. Faire dispara&#238;tre le couteau. Effacer. Que &#231;a n'existe plus. Que rien ne rappelle. Et ces fictions qu'on imite. Quand nos mains impuissantes &#224; d&#233;chirer le pass&#233;. Partir. Rejoindre la gare. Il revient sur ses pas. Boulevard Auger. Boulevard de la R&#233;publique. Enfin la gare. Et esp&#233;rer qu'ailleurs le vertige un peu moindre. Partir. Au loin se faire neuf. Ou cavaler comme b&#234;te traqu&#233;e. Mais quoi en t&#234;te apr&#232;s &#231;a ? Dans l'&#233;tat o&#249; on est. De tension. De peur. D'angoisse. Partir. Tours. Orl&#233;ans. Vierzon. Paris par l'Intercit&#233;s. &#192; moins que Lyon. Une ville. Et grande de pr&#233;f&#233;rence. Y dispara&#238;tre. Puisque le pas franchi. Cet outre o&#249; acc&#233;d&#233;. Cette outrance qui si longtemps dans les mots seuls. Et qui maintenant en soi. Et dans le regard de tous. Partir. Quelles images en t&#234;te on n'en sait rien. Un squat. Un parking souterrain pr&#232;s de la gare. Et &#224; quoi on croit que &#231;a ressemblera. Qui pour s'y dire pr&#234;t ? Mais pas tant aller vers. Partir. Il traverse l'esplanade devant la gare. Les taxis qui attendent. Pas bien nombreux. Des types &#224; gourmette la chemise impeccable. Personne ne sait encore. En discuteront tout &#224; l'heure. Apr&#232;s le flash info &#224; la radio. Et demain encore. Entre eux. Avec les clients peut-&#234;tre. Coryph&#233;e en berlines. Avis tranch&#233;s la sentence nette. Le d&#233;poss&#233;deront de son geste. Il p&#233;n&#232;tre dans le hall. Relais presse. Tableau des d&#233;parts. Pas d'argent pour le billet. Frauder. Ne pas se faire choper. Partir. Mais c'est d&#233;j&#224; trop tard. Les t&#233;moins interrog&#233;s. L'histoire du bonnet. La tension entre eux deux. Son absence au lyc&#233;e l'apr&#232;s-midi. De l'arrestation les journaux ne disent rien. Dans le hall ou sur un quai on n'en sait rien. Mais ce moment o&#249; comprendre. Qu'on n'ira plus loin. Que d&#233;sormais il est trop tard. Qu'on ne vivra plus dans le pr&#233;sent de la fuite. Finie cette tension sans nom de l'horizon qui vous avale. Menott&#233; sans doute. Dos courb&#233; pouss&#233; dans une voiture banalis&#233;e. Les curieux qu'on &#233;loigne. Voir quoi des rues qui d&#233;filent ? Coups de sir&#232;ne aux carrefours. Le moteur qui braille. Et les crachot&#233;s de la radio. C'est d'abord de l'urgence. Les questions, ce sera ensuite. S'il a ou non voulu le tuer. Tout ne sera plus que mots. Les siens. Et ceux du rapport d'autopsie. Le gars est mort au bloc. Il n'en sait rien encore. Transport&#233; par les pompiers jusqu'&#224; l'h&#244;pital. Pas tr&#232;s loin du lyc&#233;e. Un trajet d'une dizaine de minutes. Il ne sait rien non plus de ce qu'il risque. Trente ans pour un homicide volontaire. Il faudra dire. S'il l'a laiss&#233; pour mort. Ou cru qu'il s'en sortirait. Il faudra r&#233;pondre. Des questions qui se r&#233;p&#232;tent. Dire. Redire encore. Les journalistes se sont plant&#233;s devant le lyc&#233;e. Ont d&#233;ploy&#233; leurs mots. &#201;motion. Incompr&#233;hension. Chape de plomb. Abasourdis. Vif &#233;moi. Mais ils ont si peu &#224; dire. C'est plus tard qu'on saura combien de coups. Et quelle art&#232;re. Combien de mis en examen. Et pour quoi. On en sait si peu. Sinon qu'un litige autour d'une transaction. Un bonnet Gucci. Et de s'&#233;tonner de la somme. Vingtaine d'euros. Quand pour telle marque, quatre-vingt-quinze le premier prix. Et qu'un casier judiciaire vierge. D&#233;sormais compteront les mots de la justice. Mais soi, comprendre. L'&#233;nigme du chemin qui conduit &#224; la mort. Donn&#233;e ou re&#231;ue. Le couteau qu'on emprunte. A qui et comment. Ce qu'on lui dit. Comment on sait que dans sa poche, &#231;a. Et quand on lui demande. Longtemps avant. Ou comme &#231;a, sur un coup de t&#234;te. Ou celui qui propose. Et ce que c'est aussi que de porter &#231;a. D'avoir sorti le couteau de sa propre poche. Et remis en main. Celle qui portera les coups. Donnera la mort. Et que l'objet &#224; soi. Et qui ne l'est plus. Qu'on ne pourrait plus tenir dans sa main. M&#234;me si par magie ressorti du canal. En temps si bref la distance qui s'installe. Et savoir impossible tout retour en arri&#232;re. Le couteau qu'on pr&#234;te. La mort qu'on donne. Ce chemin parcouru. De jouer les durs &#224; complice. D'offens&#233; &#224; meurtrier. Jusqu'&#224; ce point de convergence. De soi. La mort. Et l'autre. Et les arbustes qui entourent le parking. Et un peu d'herbe maigre. Et des lignes blanches peintes au bitume. Et la fa&#231;ade grise du lyc&#233;e des jeunes filles.&lt;/div&gt;
		
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		<title>accident</title>
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div style=&#034;text-align:justify&#034;&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait sans doute un pneu qui avait &#233;clat&#233;. Ou un de ces micro sommeils. Tout &#233;tait all&#233; si vite. La bagnole partie en sucette sans pr&#233;venir. Je me souviens du bruit de t&#244;le contre la glissi&#232;re de s&#233;curit&#233;. Une chance que &#231;a se soit pass&#233; de nuit. La voiture en contresens sur la voie de gauche. Pas pour rien qu'on l'appelait l'autoroute du d&#233;sert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais sans doute &#233;t&#233; un peu sonn&#233; par le choc. Quand je suis revenu &#224; moi, j'avais le front appuy&#233; contre le volant. Je suis sorti en panique. Si jamais une voiture s'amenait et&#8230; Il fallait faire vite. Pr&#233;venir les secours. J'ai sorti mon portable de la poche int&#233;rieure de ma veste. Plus de batterie. Je croyais pourtant l'avoir charg&#233; il y a peu. Mais c'est vrai qu'il commen&#231;ait &#224; avoir de l'&#226;ge&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souvenais avoir crois&#233; une aire avec station-service peu avant l'accident. En marchant vite. Et de l'autre c&#244;t&#233; de la glissi&#232;re. Pas bien longue l'esp&#233;rance de vie d'un pi&#233;ton en bordure d'autoroute. J'avais lu quelque part qu'au bout d'une dizaine de minutes, au mieux&#8230; Ce serait trop con. Apr&#232;s avoir r&#233;chapp&#233; &#224; l'accident, se faire faucher sur la bande d'arr&#234;t d'urgence&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai march&#233; du plus vite que je pouvais pendant une petite demi-heure. De quoi parcourir les deux kilom&#232;tres qui me s&#233;paraient de l'aire de service. Il y avait une borne d'appel sur le parking. J'ai appel&#233;. Personne n'avait encore signal&#233; l'accident. Ce qui ne m'a gu&#232;re &#233;tonn&#233;. Je n'avais crois&#233; aucun v&#233;hicule pendant que je marchais. On m'a dit que la gendarmerie allait venir s&#233;curiser les lieux. Qu'on envoyait une d&#233;panneuse. Et que surtout je ne bouge pas de l&#224; o&#249; j'&#233;tais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai eu envie d'un caf&#233;. De boire un truc chaud pour me remettre de mes &#233;motions. Dans le magasin de la station-service, quelques routiers. Le visage p&#226;le de fatigue et d'ennui. Et un jeune type derri&#232;re sa caisse qui regardait des vid&#233;os sur son t&#233;l&#233;phone. J'ai pens&#233; que je pourrais recharger le mien. Il suffirait que j'ach&#232;te un chargeur. Ils avaient s&#251;rement &#231;a dans le magasin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis dirig&#233; vers la machine &#224; caf&#233;. J'ai command&#233; un double expresso en tapotant sur l'&#233;cran. Mais au moment de payer, impossible de retrouver ma carte bleue. Je l'avais sans doute gliss&#233;e dans le vide-poche de la porti&#232;re avec le ticket d'entr&#233;e. Comme je faisais souvent pour ne pas perdre de temps au p&#233;age. Heureusement, j'avais un peu de monnaie dans une poche de mon jean. Ils ne s'emb&#234;taient pas sur l'autoroute du d&#233;sert. Quasi du racket ! Quatre balles le caf&#233;&#8230; Certes, ils devaient avoir peu de clients, mais de l&#224; &#224; appliquer des tarifs prohibitifs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai cherch&#233; en vain une quelconque fente o&#249; glisser mes pi&#232;ces. Pas d'autre moyen de paiement que la carte. Jamais je n'aurais pens&#233; qu'on soit si friand de technologie dans pareil trou du cul du monde ! L'abandon de l'argent liquide, on en parlait depuis quelque temps, mais tout le monde s'accordait &#224; dire que c'&#233;tait pas pour demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#251; prendre mon mal en patience, en feuilletant quelques-uns des ouvrages qui s'&#233;talaient sur un pr&#233;sentoir.Quelques livres de recettes. D'autres sur les camions. La faune africaine. Rien de bien passionnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai fini par apercevoir une voiture de gendarmerie derri&#232;re la vitrine. Je suis all&#233; au devant des pandores. Qui dans un premier temps m'ont conduit &#224; la gendarmerie pour remplir quelques paperasses. Puis chez le d&#233;panneur qui avait pris en charge ma voiture, afin que je puisse r&#233;cup&#233;rer mes effets personnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma carte bleue se trouvait bien dans le vide-poche. Pendant que je sortais ma valise du coffre, le d&#233;panneur s'est approch&#233;. Il a commenc&#233; &#224; me parler des experts automobiles et des assureurs. Affirmant qu'il n'y avait pas pire mafia. Qu'ils envoyaient &#224; la casse des voitures qui souvent ne demandaient qu'&#224; rouler. Qu'avec du temps et de l'huile de coude, on faisait parfois des miracles. Que ma Citro&#235;n C3, par exemple, une fois refait le train avant, elle serait presque comme neuve. Et que si j'&#233;tais d'accord, il me l'ach&#232;terait bien pour quelques centaines d'euros. Que de toute fa&#231;on, j'y serais gagnant, plut&#244;t que de l'envoyer &#224; la casse. Avant d'ajouter que lui, les v&#233;hicules anciens, il adorait &#231;a. Qu'il en faisait m&#234;me un peu collection.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;autre d&#233;rive fantastique autorouti&#232;re : &lt;a href='https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?article686' class='spip_in'&gt;on the highway&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#224; mains nues</title>
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		<dc:subject>contraintes</dc:subject>
		<dc:subject>Lovecraft</dc:subject>
		<dc:subject>faits divers</dc:subject>
		<dc:subject>guerre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;R&#233;cit d&#1370;horreur : la main sculpt&#233;e, ou une autre main artificielle, qui &#233;trangle son cr&#233;ateur. &lt;br class='autobr' /&gt;
H. P. Lovecraft, &lt;i&gt;The Commonplace Book&lt;/i&gt;, note 7.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;contraintes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot90" rel="tag"&gt;Lovecraft&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot111" rel="tag"&gt;faits divers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot168" rel="tag"&gt;guerre&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div style=&#034;text-align:justify&#034;&gt;
&lt;p&gt;On est quelques-uns &#224; collectionner les faits divers. Autrefois coupures de presse gliss&#233;es dans ds chemises en carton. Aujourd'hui copi&#233;s-coll&#233;s qui s'accumulent dans un coin de disque dur. Et qu'on parcourt de temps &#224; autre en qu&#234;te d'une id&#233;e de nouvelle. Celui-ci n'avait pas fait grand bruit. Peut-&#234;tre parce qu'avec toutes nos troupes engag&#233;es sur divers th&#233;&#226;tres d'op&#233;ration, comprendre maintien de l'ordre n&#233;o-colonial, aucun pisse-copie n'avait pens&#233; monter l'affaire en &#233;pingle. L'affaire &#233;tait pourtant bien glauque. Mettait &#224; disposition de quoi ravir n'importe quels lecteurs en mal d'horreur. Mais le criminel &#233;tant l'un de nos vaillants sous-officiers&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme aurait d&#233;clench&#233; la piti&#233; des c&#339;urs les plus endurcis. Ses deux bras emport&#233;s par un engin explosif qu'il tentait de d&#233;samorcer, quelque part dans les sables du Sahel. On l'avait rapatri&#233; fissa en avion sanitaire. On dit qu'&#224; certaines p&#233;riodes, quand les combats montent en intensit&#233;,ce sont plusieurs gros porteurs transform&#233;s en h&#244;pitaux volants qui atterrissent chaque jour sur la base de Villacoublay. Remplis de jeunes gars aux corps bris&#233;s. D'autres trop secou&#233;s par ce qu'ils ont vu et accompli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les proth&#232;ses ont connu des progr&#232;s extraordinaires ces derni&#232;res ann&#233;es. Aussi, quelques mois plus tard, l'homme apprenait &#224; mobiliser ces deux bras artificiels. Des membres tout neufs. Et m&#234;me deux mains couleur chair. Qu'il avait appris elles aussi &#224; commander. Certes, il n'aurait pas pu jouer de la guitare ou du piano, ce qui sans doute ne lui manquait aucunement, mais il pouvait, apr&#232;s des mois d'apprentissage, se saisir de n'importe quel objet, faire la pince, visser, d&#233;visser, serrer entre ses doigts m&#233;talliques recouverts d'une r&#233;sine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exosquelette avait fait merveille. L'homme &#233;tait de nouveau autonome. Et avait retrouv&#233; ce qu'on appelle abusivement, dans les quelques coupures de presse que j'ai retrouv&#233;es, une vie normale. Jusqu'au jour de bascule. C'est lui-m&#234;me qui a pr&#233;venu la police. On a retrouv&#233; sa femme gisant sur le plancher de leur chambre &#224; coucher, &#233;trangl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme, effondr&#233; et comme en &#233;tat de choc, n'a offert aucune r&#233;sistance. Selon les dires des policiers, l'homme, au moment de son arrestation, se serait content&#233; de r&#233;p&#233;ter &#224; plusieurs reprises : &lt;i&gt;Caresser !... Tu comprends ? Caresser...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#224; temps perdu</title>
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		<dc:subject>voiture</dc:subject>
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		<dc:subject>Lovecraft</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;(R&#234;ve d&#1370;un) v&#233;hicule &#8211; train, voiture, etc &#8211; qui est baign&#233; de stupeur ou de fi&#232;vre, et devenu un fragment du pass&#233; ou d&#1370;un monde d&#1370;une autre dimension &#8211; emmenant son passager hors de la r&#233;alit&#233; &#8211; dans des r&#233;gions archa&#239;ques et vagues remplies d&#1370;incroyables golfes et merveilles. &lt;br class='autobr' /&gt;
H. P. Lovecraft, &lt;i&gt;The Commonplace Book&lt;/i&gt;, note 208 .&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div style=&#034;text-align:justify&#034;&gt;
&lt;p&gt;Je venais de terminer ma classe de troisi&#232;me. Comme chaque &#233;t&#233;, je travaillais &#224; la station-service de mon oncle. Je faisais les pleins d'essence, donnait un coup de mains &#224; l'atelier de r&#233;parations. Un boulot de grouillot pay&#233; pas bien cher. Mais il y avait aussi les pourboires que laissaient les clients. Et les bouquins de la collection Folio qui venait d'&#234;tre lanc&#233;e, et dont la promotion &#233;tait assur&#233;e par un jeu dans le r&#233;seau des stations Total. L'oncle connaissait mon go&#251;t de la lecture. Et, c&#233;libataire, aurait fait n'importe quoi pour profiter de la pr&#233;sence de ses neveux. Mes deux fr&#232;res a&#238;n&#233;s, il y a peu, avaient eux aussi pass&#233; leur &#233;t&#233; en sa compagnie. Attir&#233;s, outre les quelques billets de cent francs gliss&#233;s dans une enveloppe &#224; la fin du mois &#8212; j'ai encore une de ces enveloppes, sur le blanc maintenant un peu pass&#233; les traces de cambouis laiss&#233;es par ses doigts &#8212;, par une r&#233;compense sans prix &#224; nos yeux d'enfants : le droit de conduire un peu. Man&#339;uvrer entre la cour gravillonn&#233;e et le pont &#233;l&#233;vateur. M&#234;me pas le temps de passer la seconde, mais c'&#233;tait d&#233;j&#224; &#231;a. Les seuls trajets sur route qu'on m'autorisait, c'&#233;tait les remorquages. J'&#233;tais pas peu fier de me retrouver au volant, certes au cul de la 403 qui servait de d&#233;panneuse, mais sur la route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fr&#232;re de ma m&#232;re &#233;tait un peu collectionneur. Pr&#232;s de l'atelier, il exhibait une Dauphine et une 4CV qu'il avait retap&#233;es &#224; temps perdu. Celles-ci, il &#233;tait hors de question qu'on les conduise, m&#234;me sur quelques m&#232;tres. Sa fiert&#233; en quelque sorte. Aussi, quand un client lui a demand&#233; de le d&#233;barrasser d'une vieille Aronde, il n'a pas h&#233;sit&#233; une seconde. Il se ferait un plaisir de venir la chercher. Et il ferait m&#234;me &#231;a gratuitement. Quand on peut rendre service&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On avait d&#251; aller chercher l'antiquit&#233; en soir&#233;e, parce que le client en question travaillait jusqu'&#224; tard sur Angers. Si on ajoute la petite heure de route jusqu'&#224; Cholet. On avait convenu de passer vers 9 heures, apr&#232;s le repas du soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'aurais sans doute rien &#224; raconter si le client avait &#233;t&#233; moins sympa, et mon oncle un peu moins bavard. Le temps de discuter voitures, d'&#233;voquer le gars &#224; qui le client avait rachet&#233; la ferme pour la retaper, la nuit &#233;tait tomb&#233;e quand on a enfin commenc&#233; &#224; atteler l'Aronde derri&#232;re la 403. Il avait fallu boire une bi&#232;re, puis une deuxi&#232;me. &#199;a aussi compensait le salaire d&#233;risoire que je touchais &#224; la fin du mois, la possibilit&#233; de boire des coups sans que mes parents n'en sachent rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait d'abord fallu enlever la couverture qui prot&#233;geait la vieille Simca. Je revois encore le geste de l'oncle, dans la grange, comme tirant le rideau. Une carrosserie impeccable. On avait le tour de la bagnole, pas une rayure. Nickel. Il avait ensuite soulev&#233; le capot. Je me souviens de son expression gourmande, ses mains en appui sur le radiateur. Il avait r&#233;p&#233;t&#233; &#224; deux ou trois reprises, &lt;i&gt;&#231;a demande qu'&#224; revivre, ces m&#233;caniques&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Aronde attel&#233;e &#224; la 403, les remerciements du client renouvel&#233;s, et nous voil&#224; partis. On roulait tout doucement, parce que &#231;a faisait toujours des secousses avec la barre de remorquage. C'&#233;tait plus impressionnant que dangereux, ces claquements de ferraille. Et avec l'habitude&#8230; Plus emb&#234;tant, j'ai commenc&#233; &#224; entendre grincer chaque fois qu'on prenait un virage. Heureusement, des virages, il y en avait peu sur la petite route qu'on empruntait. une sorte de chemin creux asphalt&#233;. &#199;a s'est mis &#224; couiner m&#234;me en ligne droite. Sans doute la boule de l'attelage qui manquait de graisse. Lessiv&#233;e par l'orage de la veille. Effet peut-&#234;tre des deux bi&#232;res que j'avais bues, j'ai commenc&#233; &#224; avoir peur que la bagnole se d&#233;croche et parte dans les d&#233;cors. Sans doute aussi l'effet de la nuit. D'habitude, les remorquages, c'&#233;tait en journ&#233;e. L&#224;, sans phare, longtemps que la batterie de l'Aronde avait d&#251; rendre l'&#226;me, ne d&#233;couvrant des deux haies entre lesquelles nous roulions que ce qu'en d&#233;coupaient les deux phares de la d&#233;panneuse. Enferm&#233; dans cet habitacle qui sentait la poussi&#232;re et le cuir vieilli. J'ai ressenti une pouss&#233;e d'angoisse. Je me sentais comme prisonnier dans la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour me rassurer, j'ai commenc&#233; &#224; me parler &#224; voix haute. C'&#233;tait pas le moment de me faire des films. Dans une demi-heure, on serait &#224; la station. L'oncle ouvrirait le portail de l'atelier, on y pousserait l'Aronde sur le pont &#233;l&#233;vateur. Et je rentrerais chez moi sur mon 102 Peugeot. Mais rien &#224; faire. Mon imagination commen&#231;ait &#224; me jouer des tours. L'effet de l'obscurit&#233;. Et ce couloir &#233;troit o&#249; nous glissions entre deux haies. O&#249; l'espace d'un instant une silhouette d'arbre se transformait en un monstre mena&#231;ant. Et ce sentiment d'&#234;tre emport&#233; sans pouvoir rien contr&#244;ler. Mimant la conduite mais si impuissant. Tout comme j'&#233;tais &#224; la merci de mes peurs. L'enfance n'&#233;tait pas si loin. Ces corps surgis des rideaux de la chambre, comme maintenant des haies. Marchant sur le bas-c&#244;t&#233;. Pieds nus ou en sabots. La plupart les cheveux longs. Quelques-uns portant un chapeau &#224; larges bords. Il fallait que je me calme. L'explication &#233;tait simple. &#201;vidente. Je projetais dans la nuit mes souvenirs de lecture. Ce Folio de Balzac commenc&#233; quelques jours plus t&#244;t. C'&#233;tait pour son titre que l'oncle me l'avait offert. &lt;i&gt;Les Chouans&lt;/i&gt;. Il faut dire que le seul mus&#233;e de la ville &#233;tait consacr&#233; aux guerres de Vend&#233;e. J'en &#233;tais l&#224; de mes r&#233;flexions quand j'ai &#233;cras&#233; la p&#233;dale de frein. Je savais qu'il ne fallait surtout pas. L'oncle me l'avait suffisamment r&#233;p&#233;t&#233; depuis mon tout premier remorquage. Mais comment faire autrement ? Quand devant l'Aronde, silhouette fugace&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui devait arriver s'est produit. Claquements de la barre de remorquage. L'Aronde qui se met &#224; tanguer derri&#232;re la d&#233;panneuse d&#232;s que j'ai rel&#226;ch&#233; la p&#233;dale de frein. Avant que l'Aronde ne glisse au foss&#233;. Que j'entende un cri de douleur. Et voie mon oncle sortir de la d&#233;panneuse et se pr&#233;cipiter. Je revois encore l'expression de son visage quand il a &#233;t&#233; pr&#232;s de ma porti&#232;re. Un m&#233;lange de stupeur et d'effroi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun de nous deux n'a jamais reparl&#233; de ce qui s'&#233;tait pass&#233; cette nuit-l&#224;. Ni de ce que nous avions vu. Parce que je ne peux pas me r&#233;soudre &#224; penser que mon oncle, m&#234;me amoureux des vieilles voitures comme il l'&#233;tait, ait pu afficher un tel visage pour seulement un peu de t&#244;le froiss&#233;e. Lui aussi les avait vu, j'en &#233;tais certain. Et entendu le cri de celui que j'avais heurt&#233; avec l'arri&#232;re de l'Aronde. Ce n'&#233;tait pas possible autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'oncle ne m'a fait aucun reproche. Il a d&#233;mont&#233; la barre de remorquage en silence. Puis, tout aussi muet, a lev&#233; l'Aronde &#224; l'aide du palan install&#233; &#224; l'arri&#232;re de la 403. C'est ainsi que nous l'avons ramen&#233;e &#224; la station. D&#232;s le lendemain, il s'en est d&#233;barrass&#233; chez B&#226;cle, la casse situ&#233;e un peu plus haut sur la nationale. L'Aronde ne serait jamais retap&#233;e &#224; temps perdu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>on the highway</title>
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		<dc:subject>bref</dc:subject>
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		<description>&lt;p&gt;&#171; V&#233;hicule fant&#244;me. Un homme monte &#224; son bord et se voit transport&#233; dans un monde irr&#233;el. &#187; H. P. Lovecraft in &lt;i&gt;Le Livre de raison&lt;/i&gt;, &#171; Liste de certains &#233;l&#233;ments horrifiants fondamentaux utilement mis en &#339;uvre dans le r&#233;cit d'&#233;pouvante &#187;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div style=&#034;text-align:justify&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'employ&#233; de l'agence de location avait accompagn&#233; Tony jusqu'au parking. Une majorit&#233; d'allemandes et d'am&#233;ricaines. Porsche 911 et 924. Cadillac Eldorado. Chevrolet Camaro. &#192; ne plus savoir o&#249; donner du regard. M&#234;me une Traction avant 15/6 pour qui r&#234;vait en bleu blanc rouge. Et l'in&#233;vitable Alpine Renault motoris&#233;e par Gordini. Mais c'&#233;tait une Ford Mustang qu'avait r&#233;serv&#233;e le grand Fred. Il avait vu grand pour son mariage avec &#201;dith. Quasi deux mois de loyer pour &#233;pater la galerie devant la mairie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gars de chez Feroni Cars y allait de ses ultimes recommandations. Bien garder en t&#234;te la taille du paquebot. Sachant qu'&#224; la moindre rayure le grand Fred verrait son ch&#232;que de caution encaiss&#233;. Et bien penser &#224; faire le plein au moment du retour. L'engin &#233;tait gourmand. Et surtout, en cas de souci m&#233;canique, les appeler aussit&#244;t. Surtout ne jamais faire intervenir un m&#233;canicien ext&#233;rieur &#224; l'agence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Larbinerie ou derni&#232;re pr&#233;caution, l'employ&#233; avait ouvert la porti&#232;re c&#244;t&#233; conducteur. D&#233;voilant un int&#233;rieur cuir&#8230; Tony avait h&#233;sit&#233; &#224; s'asseoir. &#199;a le changeait de sa Super 5 ! GT, certes, mais Super 5&#8230; Un sifflement d'admiration lui avait permis de dissimuler sa g&#234;ne. Le r&#233;glage du si&#232;ge. Les diff&#233;rentes positions pour la bo&#238;te automatique. Tony hochait la t&#234;te sans rien dire, impatient de pouvoir enfin conduire la b&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous verrez, &#231;a surprend au d&#233;but... &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gars l'avait regard&#233; en souriant quand il avait mis le contact. Il faut dire qu'il devait faire une de ces t&#234;tes. C'est pas tous les jours que tu r&#233;alises un r&#234;ve de gosse. Le temps de r&#233;gler les r&#233;tros et Tony savourait le ronronnement du V8. Acc&#233;l&#233;rait prudemment vers la sortie du parking. L'employ&#233; lui faisait un dernier signe de la main. C'&#233;tait presque la m&#234;me sensation que al fois o&#249; il avait emprunt&#233; la 504 de son p&#232;re sans m&#234;me le pr&#233;venir. Et sans avoir le permis. Il n'avait que 16 ans. La m&#234;me ivresse. Et comme un go&#251;t de transgression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mieux valait prendre par l'autoroute. Un peu plus long en kilom&#232;tres, mais il gagnerait son temps. On &#233;tait samedi. Il n'y avait pas un chat dans la zone industrielle, amis ensuite, quand il arriverait &#224; hauteur du supermarch&#233; et de la zone commerciale&#8230; L'embouteillage assur&#233;. Pas s&#251;r que la mustang appr&#233;cie de tourner au ralenti trop longtemps. Sans compter le risque de se faire emboutir l'arri&#232;re par un abruti qui d&#233;boule comme un dingue. Le grand Fred devait &#234;tre assez speed comme &#231;a. Pas la peine d'en rajouter !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;ger coup de stress &#224; la barri&#232;re de p&#233;age. Ne pas aller frotter une aile contre le b&#233;ton. Ticket coinc&#233; dans le cendrier, y aller cool. Ils te font de ces putains de virages incurv&#233;s pour rejoindre l'autoroute. En contrebas, un de ces motels fa&#231;on US qui fleurissaient ces derniers temps. L'illusion &#233;tait presque parfaite. La bande d'acc&#233;l&#233;ration. L'&#339;il au r&#233;tro, pousser doucement les chevaux. Doux froufrou de l'injection. Mont&#233;e dans les tours. De la bagnole, de la vraie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sortirait &#224; Montigny centre. Cinq six bornes seulement, mais ce serait toujours &#231;a de pris derri&#232;re le volant. Ensuite, avec les mari&#233;s, il conduirait pas bien longtemps. Juste de la mairie &#224; la salle polyvalente. Dix minutes de trajet, pas plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un vrai plaisir de conduire la Mustang. Install&#233; confortable. Vitre abaiss&#233;e, le coude sur la porti&#232;re. Comme dans les films ! &lt;i&gt;With no particular place to go !&lt;/i&gt; C'&#233;tait Chuck Berry qui chantait &#231;a. Le gars lui avait rien dit pour l'autoradio. Un mod&#232;le d'&#233;poque. Un gros bouton rond pour le volume. Et un autre pour chercher les stations. Dommage qu'il ne soit pas aux States. Ils ont des bonnes radios l&#224;-bas. Sans toutes ces conneries d'&#233;missions &#224; bla-bla comme ici. Tous ceux qui y &#233;taient all&#233;s le disaient. Rien que de la musique, et de la bonne. De quoi rouler peinard. &lt;i&gt;Cruise&lt;/i&gt;, ils appellent &#231;a en anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps de passer le pont, et il actionnait le bouton de gauche. Encore pas mal d'eau dans la Loire. Une faible lumi&#232;re verd&#226;tre sur la fa&#231;ade de l'autoradio. Et quelques instants plus tard, un air de country r&#233;sonnait dans l'habitacle. Pas vraiment ce que Tony aimait &#233;couter. Pas assez de p&#234;che. Et cette manie qu'ils ont de jouer du violon dans les aigus. Il suffisait de tourner le bouton. Blues&#8230; Jazz&#8230; Et tout &#224; coup une voix qui s'emballe en Anglais. Tellement de &lt;i&gt;Lord&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;Jesus&lt;/i&gt; &#224; la minute qu'il avait tout de suite compris. Une station sp&#233;cialis&#233;e dans le pr&#234;che &#233;vang&#233;liste. Ils &#233;taient ing&#233;nieux, &#224; l'agence de location. Pour parfaire l'illusion, ils avaient d&#251; dissimuler un ordinateur de bord derri&#232;re la vieille fa&#231;ade de l'autoradio. Tu tournes le bouton, et chaque fois tu tombes sur un programme pr&#233;-enregistr&#233;. Excellent ! De quoi parfaire l'illusion de rouler sur une &lt;i&gt;highway&lt;/i&gt; am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'avait pas tard&#233; &#224; trouver ce qu'il appr&#233;ciait question musique. &lt;i&gt;Classic rock radio&lt;/i&gt; ! La rythmique lourde de Led Zep dans leur reprise de &lt;i&gt;You shook me&lt;/i&gt;. Il reprenait en ch&#339;ur le refrain quand il a vu le panneau de la sortie Montigny centre. Trop tard. Avec sa Super 5, il aurait frein&#233; s&#233;v&#232;re et r&#233;trograd&#233;. Mais pas avec la Mustang, c'&#233;tait un coup &#224; aller taper les glissi&#232;res de s&#233;curit&#233;. Elles partaient vite de l'arri&#232;re, ces bagnoles-l&#224;. C'&#233;tait pas bien grave. Il sortirait &#224; Montigny nord. Et serait comme pr&#233;vu chez le grand Fred vers 14 heures. Le temps ensuite d'aller chercher &#201;dith. &#201;tonnant comme ils se l'&#233;taient jou&#233; &#224; l'ancienne. Le t&#233;moin qui vient chercher monsieur, et sa future qui l'attend chez ses parents dans sa robe &#224; dentelles. Pourtant d&#233;j&#224; trois ans qu'ils vivaient ensemble. Tradition ! Tony sourit. il y avait des sandwiches qu'on appelait ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appeler &#231;a comment ? La loi des s&#233;ries ? Tony avait d&#233;j&#224; remarqu&#233; comment parfois les ennuis s'accumulent. Laisser une sortie ferm&#233;e tout un week-end ! Comme si ils n'avaient pas pu finir leurs travaux &#224; la con ! Il allait finir par se retrouver &#224; la bourre avec tout &#231;a. Heureusement qu'il avait son t&#233;l&#233;phone. Le GPS lui trouverait un itin&#233;raire pas trop long.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Faites demi-tour d&#232;s que possible.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme si on pouvait traverser le terre-plein central d'une autoroute ! Si le GPS se mettait &#224; d&#233;lirer, on n'&#233;tait pas sorti de l'auberge. Heureusement, Angus Young entamait son intro &#224; la guitare. Une s&#233;rie de triolets sur un accord de la. Pas de panique. Il suffisait d'appeler Fred. Il comprendrait. Un truc venait de lui traverser l'esprit. Il fait comment le maire, quand les mari&#233;s sont vraiment trop &#224; la bourre ? Il te fait passer entre deux rendez-vous, comme chez le toubib ? Ou il fixe un nouveau rencard six mois plus tard, comme chez le dentiste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appeler Fred. Mais &#224; condition qu'il y ait un minimum de r&#233;seau. Quand tu vois le prix que tu payes leur abonnement. Et tout &#231;a pour un service de merde ! C'est comme sur ces putains d'autoroute&#8230; Ils sont vraiment pas g&#233;n&#233;reux en panneaux depuis que l'&#201;tat a refil&#233; le b&#233;b&#233; &#224; des bo&#238;tes priv&#233;es ! &#199;a leur arracherait la gueule de dire &#224; combien de bornes elle est la prochaine sortie ? C'est vrai quoi, tu payes pour gagner du temps et r&#233;sultat !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tony avait besoin de se calmer. Inutile d'aggraver les choses en ayant un accident. Se concentrer sur la conduite. Et chanter avec Bon Scott, comme quand tu &#233;coutais l'album dans ta chambre, la cha&#238;ne &#224; plein volume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I'm on the highway to hell...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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