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	<title>Michel Brosseau | &#224; chat perch&#233;</title>
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		<title>le monde autour</title>
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		<dc:subject>introspection</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;cades</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Je me pose la question d'&#224; quoi ressemblait le monde quand j'y suis venu. Je me dis que conna&#238;tre le point de d&#233;part de la trajectoire suivie peut aider &#224; la comprendre. Je voudrais savoir sur quel socle j'ai pris appui, ou pas. Savoir &#224; quoi ressemblait ce monde dont je n'ai aucun souvenir, et dans lequel mon champ d'action &#233;tait proche de z&#233;ro. Ce temps du d&#233;but de la vie, pour chacun, constitue un blanc : comme un lendemain de cuite s&#233;v&#232;re, o&#249; le souvenir se d&#233;robe de ce qui s'est pass&#233; pendant (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;au fil des jours&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot193" rel="tag"&gt;d&#233;cades&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je me pose la question d'&#224; quoi ressemblait le monde quand j'y suis venu. Je me dis que conna&#238;tre le point de d&#233;part de la trajectoire suivie peut aider &#224; la comprendre. Je voudrais savoir sur quel socle j'ai pris appui, ou pas. Savoir &#224; quoi ressemblait ce monde dont je n'ai aucun souvenir, et dans lequel mon champ d'action &#233;tait proche de z&#233;ro. Ce temps du d&#233;but de la vie, pour chacun, constitue un blanc : comme un lendemain de cuite s&#233;v&#232;re, o&#249; le souvenir se d&#233;robe de ce qui s'est pass&#233; pendant quelques heures. On y &#233;tait, le monde autour existait, mais on ne peut que l'admettre. Voil&#224; par quoi &#231;a commence, une sorte de zone tampon avec ce qui pr&#233;c&#232;de notre vie, et qui est pass&#233; inatteignable. &lt;br class='autobr' /&gt; &#201;crivant &#231;a, je pense au jour o&#249; j'ai &#233;t&#233; con&#231;u. Avril 1965. Je crois pas qu'il y ait d'autobiographie qui d&#233;bute ainsi. C'est pourtant l&#224; aussi que tout commence. Dans le d&#233;sir, partag&#233; ou non.&lt;br class='autobr' /&gt; Je d&#233;couvre avoir &#233;t&#233; contemporain des trains &#224; vapeur. J'imaginais les trains d'alors &#233;lectriques, sans doute &#224; cause des miniatures que les gosses de ma g&#233;n&#233;ration aimaient &#224; faire tourner sur des circuits. Les trains &#224; vapeur, dans mes repr&#233;sentations, roulaient vers le &lt;i&gt;Far West&lt;/i&gt; et s'arr&#234;taient peu apr&#232;s 1945. J'avoue ma surprise d'avoir &#233;t&#233;, m&#234;me bri&#232;vement, du monde de &lt;i&gt;La B&#234;te humaine&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; Je devrais dresser la liste de mes clich&#233;s concernant le pass&#233;, attribuant &#224; chaque &#233;poque objets et dominantes. Le pass&#233; a des contours flous, comme un pays jamais visit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; En mati&#232;re de train, je consid&#233;rais la Micheline prise pour me rendre &#224; la fac d'Angers comme l'incarnation m&#234;me d'un pass&#233; r&#233;volu, puisque mat&#233;riel de l'apr&#232;s-guerre. Je d&#233;couvre que ce type de train a d&#233;but&#233; dans les ann&#233;es 30, en 1935 pour la ligne Angers-Cholet. Et que les Michelines ont disparu au profit des TER seulement en 2005. Nous avons cette f&#226;cheuse tendance &#224; croire que les objets disparaissent quand ils ne sont plus sous nos yeux, qu'on ne les utilise plus. Mais l'&#233;volution du monde autour correspond rarement aux &#233;tapes de nos vies. &lt;br class='autobr' /&gt; Je constate qu'il n'y a pas que ma perception d'un pass&#233; lointain qui soit fauss&#233;e. Je me demande ce qu'on peut comprendre d'une vie quand r&#232;gne autant de confusions.&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai le sentiment qu'on passe nos vies &#224; traverser des temps de bascule, mais que l'instabilit&#233; qui en d&#233;coule ne peut &#234;tre per&#231;ue que r&#233;trospectivement, parce que ces bascules, ainsi la disparition des trains &#224; vapeur, se font lentement, par glissements plus que par ruptures. C'est sans doute l&#224; une bonne raison d'&#233;crire : nettoyer son regard, esp&#233;rer ne plus voir obscur&#233;ment au travers d'un prisme d&#233;formant.&lt;br class='autobr' /&gt; La locomotive &#224; vapeur fait des premi&#232;res ann&#233;es de ma vie un exotisme. Elles tractent d&#233;sormais des trains de touristes &#224; la recherche du pittoresque. Je ne suis pas ici en qu&#234;te d'insolite. Je veux tenter d'y voir clair dans ce qui m'a constitu&#233;, en tant qu'appartenant &#224; une g&#233;n&#233;ration. Tout regard distanci&#233; g&#233;n&#232;re une forme d'exotisme, une alt&#233;rit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Quelques exemples d'exotisme g&#233;n&#233;r&#233; par l'objet : en 1966 est &#233;mis un timbre pour le centenaire du r&#233;seau pneumatique, qui ne sera abandonn&#233; qu'en 1984. Ce courrier plac&#233; dans des cartouches, et circulant dans des tubes pressuris&#233;s a trait pour moi au romanesque, &#224; l'expression d&#233;livrer un bleu. La baisse des ventes du 45 tours longue dur&#233;e &#8211; 4 titres, 10 francs &#8211; provoque le lancement du 45 tours simple &#8211; 2 titres, 5 francs. On se chauffe au charbon.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>premier trajet dans la ville</title>
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		<dc:subject>introspection</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;crire en ligne</dc:subject>
		<dc:subject>ville</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;cades</dc:subject>

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&lt;p&gt;La photo Street View date de juin 2015 : une fa&#231;ade aux volets clos &#8211; dessus, un tag que je ne sais pas d&#233;chiffrer. Murs d&#233;cr&#233;pis d'un blanc sali. Apprendre quoi de cette b&#226;tisse, masse aust&#232;re toute d'angles droits ? Un bloc de pass&#233;. Zoom. Des noms de m&#233;decins figurent encore sur un panneau. Google m'indique que la clinique Saint-Luc est ferm&#233;e depuis juin 2013. C'est l&#224; que je suis n&#233;. Je d&#233;couvre en changeant d'angle un panneau &#171; &#224; vendre &#187;, tout en haut, recouvrant la fen&#234;tre du pignon. (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot193" rel="tag"&gt;d&#233;cades&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La photo Street View date de juin 2015 : une fa&#231;ade aux volets clos &#8211; dessus, un tag que je ne sais pas d&#233;chiffrer. Murs d&#233;cr&#233;pis d'un blanc sali. Apprendre quoi de cette b&#226;tisse, masse aust&#232;re toute d'angles droits ? Un bloc de pass&#233;. Zoom. Des noms de m&#233;decins figurent encore sur un panneau. Google m'indique que la clinique Saint-Luc est ferm&#233;e depuis juin 2013. C'est l&#224; que je suis n&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Je d&#233;couvre en changeant d'angle un panneau &#171; &#224; vendre &#187;, tout en haut, recouvrant la fen&#234;tre du pignon. J'imagine ces pi&#232;ces vides au dedans, silencieuses : les arpenter, et pousser la voix entre ces murs &#8211; eux qui ont absorb&#233; mon premier cri. Je rejoindrais le sous-sol &#8211; c'est en sous-sol qu'on op&#232;re, qu'on na&#238;t &#8211;, je suivrais la signal&#233;tique encore accroch&#233;e aux murs, aux portes &#8211; ces mots plac&#233;s l&#224; pour rien d&#233;sormais, sans plus d'efficace &#8211;, je finirais par trouver la salle d'accouchement. Y crierais quoi ?&lt;br class='autobr' /&gt; Rue Salb&#233;rie, le web ne sait rien de ce nom. &lt;br class='autobr' /&gt; Je remonte la rue sur l'&#233;cran. La pente est prononc&#233;e, et la rue trop &#233;troite pour autoriser un double sens. J'imagine la 2CV de mon oncle grimpant p&#233;niblement la c&#244;te. Le seul de la famille &#224; poss&#233;der alors une voiture : un m&#233;cano. &lt;br class='autobr' /&gt; J'imagine mon premier trajet automobile. Le mur en briques d'un jardin de l'autre c&#244;t&#233; de la rue. J'aper&#231;ois un arbre derri&#232;re, trop peu pouss&#233; pour avoir &#233;t&#233; l&#224; cinquante ans plus t&#244;t. Plus haut, dans un virage, un c&#232;dre. Je constate la forme tabulaire de la cime, caract&#233;ristique des sujets d'au moins trente ans selon Wikip&#233;dia. Sans doute atteignait-il alors le toit de la maisonnette voisine. J'apprends incidemment que certains c&#232;dres sont capables de vivre plus de deux mille ans. Vertige &#224; l'id&#233;e de disposer de quarante fois mon actuelle dur&#233;e. L'&#233;cran web est machine &#224; temps. &lt;br class='autobr' /&gt; J'apprends qu'il faisait froid ce jour-l&#224; . Paris, la veille, avait &#233;t&#233; bloqu&#233; par une temp&#234;te de neige. Douceur angevine oblige, le thermom&#232;tre affichait moins un. Il descendrait jusqu'&#224; moins dix huit jours plus tard. Quelques jours plus t&#244;t, des vents avaient souffl&#233; &#224; plus de cent kilom&#232;tres heure sur les c&#244;tes bretonnes et normandes. Mais je ne trouve rien l&#224; qui fasse signe : ni dans le froid, ni dans la temp&#234;te, pas plus dans l'ascension p&#233;nible de la c&#244;te. Il s'agit de retracer une trajectoire, pas de bricoler un destin &#224; coups de m&#233;taphores. &lt;br class='autobr' /&gt; Au gr&#233; de mes recherches, je tombe sur cette image prise en janvier 1966 &#224; Marseille : au bout d'un treuil, balanc&#233; entre sangles, pattes raides et t&#234;te en mouvement, le d&#233;barquement d'un cheval mort de froid. J'apprends que vingt fois l'op&#233;ration se r&#233;p&#233;tera. &#192; vingt reprises on hissera les carcasses hors du cargo en provenance d'Alg&#233;rie, les d&#233;crochera dans un camion. J'imagine ces corps qui s'enchev&#234;trent avant l'&#233;quarrissage, pendant que soi, encore au chaud au creux d'un ventre. De nouveau, rien l&#224; qui fasse signe. Pour &#231;a, il aurait fallu apprendre &#224; croire en sa place au monde &#8211; et m&#234;me en sa venue. &lt;br class='autobr' /&gt; Mon premier tour en ville aura &#233;t&#233; accompli emmitoufl&#233;, emmaillot&#233;. Ma m&#232;re assise dans la 2CV de son fr&#232;re. Mais d'abord le trottoir, ma premi&#232;re bouff&#233;e de l'air du dehors. Je pense &#224; la clart&#233; sonore des temps froids, cette nettet&#233; des pas qui r&#233;sonnent chez Simenon ou dans Le grand Meaulnes. Leurs voix disaient quoi, si nettes : quelles silhouettes de mots s'offraient &#224; mes oreilles ?&lt;br class='autobr' /&gt; Incertitude quant &#224; qui me tenait dans ses bras dans la voiture &#8211; qui &#233;taient les pr&#233;sents &#8211; pas s&#251;r que mon p&#232;re ait pris sa demi journ&#233;e &#224; l'usine.&lt;br class='autobr' /&gt; Je constate qu'il y a moins d'un kilom&#232;tre de la clinique &#224; la rue du Chemin vert o&#249; habitaient mes parents. La rue Salb&#233;rie &#233;tant &#224; sens unique, nous n'avons pas pu emprunter la rue des Bons Enfants. Du nom d'une de ces soci&#233;t&#233;s gymniques n&#233;es &#224; la fin du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, bient&#244;t devenue soci&#233;t&#233; mixte de tir, de gymnastique et d'instruction militaire. J'apprends que c'est d'elle que l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire situ&#233;e dans cette rue a re&#231;u son nom. Soci&#233;t&#233; sans doute florissante au moment de ma naissance : c'est en 1966 qu'est cr&#233;&#233; l'office municipal des sports de Cholet. La pr&#233;paration des masses pour la guerre appartenait au pass&#233;. Le culte sportif s'amor&#231;ait. On aurait bient&#244;t oubli&#233; le lien qui les unissait.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous sommes donc sans doute pass&#233;s par la place Travot, du nom d'un g&#233;n&#233;ral de la R&#233;volution et de l'Empire : les guerres de Vend&#233;e ne sont jamais bien loin ici, fonds de commerce touristique et levier politique, souterraines comme le ruisseau du Pineau qui coule sous la place. Puis nous avons emprunt&#233; le boulevard Gustave Richard, du nom d'un industriel tisserand, maire de la ville fin dix-neuvi&#232;me. C'est lui qui, un si&#232;cle plus t&#244;t, en 1866, a encourag&#233; la cr&#233;ation de la ligne ferroviaire La Possoni&#232;re-Cholet, lui qui a model&#233; la ville fa&#231;on Haussmann : six boulevards de quinze m&#232;tres de large pour faciliter la circulation des marchandises depuis et vers la gare, six boulevards convergeant vers la place Hexagone. C'est &#224; hauteur de celle-ci, renomm&#233;e depuis place de la R&#233;publique, que nous avons crois&#233; le boulevard Victor Hugo (rien &#224; dire du gars) pour emprunter sur six-cents m&#232;tres le boulevard du G&#233;n&#233;ral Faidherbe, figure de la guerre de 1870 et administrateur du S&#233;n&#233;gal, et enfin tourner &#224; droite dans la rue du Chemin Vert. Nous &#233;tions arriv&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt; J'apprends aujourd'hui que la place de l'Hexagone a &#233;t&#233; pens&#233;e comme une version miniature de celle de l'&#201;toile : au centre, sur un socle en granit, le monument aux morts de la guerre de 1870, repr&#233;sentant une Victoire ail&#233;e portant un homme nu &#224; l'&#233;p&#233;e bris&#233;e, avec cette inscription, Gloria Victis. &#192; quelques centaines de m&#232;tres, perpendiculaire &#224; la rue du Chemin Vert, je red&#233;couvre la rue de Verdun. Les plans sont eux aussi machines &#224; temps et &#224; m&#233;moire. &lt;br class='autobr' /&gt; &#194;g&#233; de quelques jours, je traversais l'espace de la ville, nouveau n&#233; ignorant ce qui l'avait model&#233;e &#8211; et allait pour une part me constituer. Longtemps j'ai continu&#233; ainsi. Les noms des plaques n'&#233;taient qu'une musique famili&#232;re, un &#233;l&#233;ment de plus dans le conglom&#233;rat de l'intime. Ainsi du nom des rues par lesquelles aller le matin &#224; l'&#233;cole dans la voiture de l'oncle m&#233;cano (il &#233;tait pass&#233; de la 2CV &#224; la DS), pi&#232;ces m&#233;caniques d&#233;mont&#233;es aux pieds, premi&#232;res griseries de la vitesse excessive. Des rues par lesquelles se rendre aux Halles et au march&#233; avec ma m&#232;re, paniers dans le coffre. Par lesquelles me rendre &#224; v&#233;lo ou 102 Peugeot jusqu'au coll&#232;ge, &#224; la biblioth&#232;que municipale, chez les copains , au lyc&#233;e, chez les disquaires, rarement les librairies, j'osais pas, ou alors pour commander un livre demand&#233; par un prof. Puis le nom des rues o&#249; j'avais march&#233; la nuit &#224; parler litt&#233;rature, o&#249; j'avais titub&#233; puis vomi, que j'avais d&#233;val&#233;es &#224; v&#233;lo ou en mobylette, o&#249; j'avais fait crisser les pneus de la bagnole, vitres ouvertes sur l'autoradio qui jouait du rock. Enfin le nom, ,alors &#224; demi oubli&#233;, des rues travers&#233;es de nuit sans s'arr&#234;ter, en route vers la c&#244;te, jouant les Kerouac en limites hexagonales.&lt;br class='autobr' /&gt; Je n'ai aucune pr&#233;tention &#224; quelque analyse savante que ce soit, seulement la volont&#233; de dire le trouble ressenti devant ce bloc d'espace et de temps agglom&#233;r&#233; : la cr&#233;ation de la gare et des principaux axes de la ville par un industriel tisserand, en pleine crise du coton parce qu'alors la guerre de S&#233;cession, un boulevard nomm&#233; Faidherbe, du nom d'un qui multipli&#233; les plantations au S&#233;n&#233;gal pour fournir du coton &#224; la France&#8230; Avis aux amateurs de romans historiques, il y aurait l&#224; de quoi : un d&#233;tour par l'Angleterre et son coton de contrebande&#8230; Il n'existe rien de plus romanesque que le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_491 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://xn--chatperch-p1a2i.net/IMG/png/clinique_saint_luc.png?1512561269' width='500' height='246' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;span class='spip_document_538 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://xn--chatperch-p1a2i.net/IMG/png/-25.png?1512556798' width='500' height='233' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;span class='spip_document_539 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://xn--chatperch-p1a2i.net/IMG/png/-26.png?1512557225' width='500' height='238' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;span class='spip_document_492 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://xn--chatperch-p1a2i.net/IMG/png/cedre.png?1512561241' width='500' height='416' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;span class='spip_document_489 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://xn--chatperch-p1a2i.net/local/cache-vignettes/L377xH257/dech_cheval_2-a787f.jpg?1690943891' width='377' height='257' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>franchir</title>
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		<dc:subject>enfance</dc:subject>
		<dc:subject>ville</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;cades</dc:subject>

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&lt;p&gt;C'&#233;tait dimanche dernier. Je n'&#233;tais pas retourn&#233; sur les lieux de l'enfance depuis presque un an. L'exp&#233;rience a &#233;t&#233; involontaire. Il ne s'agissait que de marcher un peu. J'ai pris derri&#232;re le supermarch&#233;, histoire d'apercevoir les pr&#233;s, et parce que l'espace vide du parking est vertigineux. J'ai continu&#233; jusqu'au bowling, rep&#232;re g&#233;od&#233;sique sa quille blanche sur le toit. La rue avant se finissait en cul de sac. C'&#233;tait le bout. Plus maintenant. J'ai continu&#233;. La l&#232;pre avait encore gagn&#233; sur les pr&#233;s. Arriv&#233; au (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot193" rel="tag"&gt;d&#233;cades&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait dimanche dernier. Je n'&#233;tais pas retourn&#233; sur les lieux de l'enfance depuis presque un an. L'exp&#233;rience a &#233;t&#233; involontaire. Il ne s'agissait que de marcher un peu. J'ai pris &lt;a href=&#034;http://www.&#224;&#160;chatperch&#233;.net/spip/spip.php?article79&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;derri&#232;re le supermarch&#233;&lt;/a&gt;, histoire d'apercevoir les pr&#233;s, et parce que l'espace vide du parking est vertigineux. J'ai continu&#233; jusqu'au bowling, rep&#232;re g&#233;od&#233;sique sa quille blanche sur le toit. La rue avant se finissait en cul de sac. C'&#233;tait le bout. Plus maintenant. J'ai continu&#233;. La l&#232;pre avait encore gagn&#233; sur les pr&#233;s. Arriv&#233; au dernier parking et son hangar de t&#244;les, un Noz, j'ai aper&#231;u les b&#226;timents carr&#233;s, leur fa&#231;ade blanche, reconnu la ferme. Les lieux avaient r&#233;tr&#233;ci, mais ce n'&#233;tait pas qu'une question d'&#226;ge. J'ai r&#233;guli&#232;rement march&#233; dans le coin depuis l'enfance. Mais d'avoir ainsi quadrill&#233;, morcel&#233; l'espace l'avait diminu&#233;. De l'avoir vou&#233; &#224; la marchandise. Qu'importe, la route du May &#233;tait l&#224; , emprunt&#233;e &#224; v&#233;lo gamin, &#224; pieds avec mon p&#232;re tant qu'il a pu. Je l'ai rejointe. Il m'a suffi de franchir le parking, monter la butte de terre, pass&#233; entre des arbustes rachitiques : les &#233;chapp&#233;es belles &#233;taient l&#224; , &lt;a href=&#034;http://www.&#224;&#160;chatperch&#233;.net/spip/spip.php?article742&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;les peurs&lt;/a&gt; aussi, et la voix de mon p&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il suffisait de cadrer pour ignorer la l&#232;pre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_534 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://xn--chatperch-p1a2i.net/IMG/png/-21.png?1512554924' width='500' height='240' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;span class='spip_document_535 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;img src='https://xn--chatperch-p1a2i.net/IMG/png/-22.png?1512555381' width='500' height='240' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;span class='spip_document_536 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='https://xn--chatperch-p1a2i.net/IMG/png/-23.png?1512555782' width='500' height='239' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;span class='spip_document_537 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='https://xn--chatperch-p1a2i.net/IMG/png/-24.png?1512556275' width='500' height='241' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>d&#233;senfouir</title>
		<link>https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?article793</link>
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		<dc:date>2016-04-29T06:20:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>M.B.</dc:creator>


		<dc:subject>&#233;crire</dc:subject>
		<dc:subject>introspection</dc:subject>
		<dc:subject>lectures</dc:subject>
		<dc:subject>Annie Ernaux</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;cades</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Mais &#224; quoi bon &#233;crire si ce n'est pour d&#233;senfouir des choses, m&#224;&#170;me une seule, irr&#233;ductible &#224; des explications de toutes sortes, psychologiques, sociologiques, une chose qui ne soit pas le r&#233;sultat d'une id&#233;e pr&#233;con&#224;&#167;ue ni d'une d&#233;monstration, mais du r&#233;cit et qui puisse aider &#224; comprendre &#8212; &#224; supporter &#8212; ce qui arrive et qu'on fait.
&lt;br class='autobr' /&gt;
Annie Ernaux, M&#233;moire de fille&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?rubrique41" rel="directory"&gt;d'&#233;crire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot5" rel="tag"&gt;&#233;crire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;introspection&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;lectures&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot188" rel="tag"&gt;Annie Ernaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot193" rel="tag"&gt;d&#233;cades&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;MsoNormal&#034; style=&#034;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: normal; text-align: justify; mso-pagination: none; mso-layout-grid-align: none&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-size: medium&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-family: Arial&#034;&gt;&lt;span style=&#034;mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;Mais &#224; quoi bon &#233;crire si ce n'est pour d&#233;senfouir des choses, m&#224;&#170;me une seule, irr&#233;ductible &#224; des explications de toutes sortes, psychologiques, sociologiques, une chose qui ne soit pas le r&#233;sultat d'une id&#233;e pr&#233;con&#224;&#167;ue ni d'une d&#233;monstration, mais du r&#233;cit et qui puisse aider &#224; comprendre &#8212; &#224; supporter &#8212; ce qui arrive et qu'on fait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Annie Ernaux, &lt;i&gt;M&#233;moire de fille&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&#034;font-size: 12pt; font-family: &#034;Times New Roman&#034;,&#034;serif&#034;; mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>ont pens&#233; en moi</title>
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		<dc:date>2016-03-12T09:21:35Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>M.B.</dc:creator>


		<dc:subject>lectures</dc:subject>
		<dc:subject>Annie Ernaux</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;cades</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Je n'ai pas de d&#233;sir de d&#233;couvrir des zones d'ombre de ma vie, ni de me souvenir de tout ce qui m'est arriv&#233;, et mon pass&#233;, en soi, ne m'int&#233;resse pas sp&#233;cialement. Je me consid&#232;re tr&#232;s peu comme un &#224;&#170;tre unique, au sens d'absolument singulier, mais comme une somme d'exp&#233;riences, de d&#233;terminations aussi, sociales, historiques, sexuelles, de langages, et continuellement en dialogue avec le monde (pass&#233; et pr&#233;sent), le tout formant, oui, forc&#233;ment, une subjectivit&#233; unique. Mais je me sers de ma subjectivit&#233; (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?rubrique41" rel="directory"&gt;d'&#233;crire&lt;/a&gt;

/ 
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&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot193" rel="tag"&gt;d&#233;cades&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;MsoNormal&#034; style=&#034;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: normal; text-align: justify; mso-pagination: none; mso-layout-grid-align: none&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-size: medium&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-family: Arial&#034;&gt;&lt;span style=&#034;mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;Je n'ai pas de d&#233;sir de d&#233;couvrir des zones d'ombre de ma vie, ni de me souvenir de tout ce qui m'est arriv&#233;, et mon pass&#233;, en soi, ne m'int&#233;resse pas sp&#233;cialement. Je me consid&#232;re tr&#232;s peu comme un &#224;&#170;tre unique, au sens d'absolument singulier, mais comme une somme d'exp&#233;riences, de d&#233;terminations aussi, sociales, historiques, sexuelles, de langages, et continuellement en dialogue avec le monde (pass&#233; et pr&#233;sent), le tout formant, oui, forc&#233;ment, une subjectivit&#233; unique. Mais je me sers de ma subjectivit&#233; pour retrouver, d&#233;voiler des m&#233;canismes ou des ph&#233;nom&#232;nes plus g&#233;n&#233;raux, collectifs. Cette formulation ne me satisfait pas &#224; vrai dire. Quelquefois j'ai aim&#233; dire : &#171; Je vis comme tout le monde les choses sur un mode particulier, mais je veux les &#233;crire sur celui du g&#233;n&#233;ral. &#187; Peut-&#224;&#170;tre est-ce &#224; la fin de &lt;i&gt;L'&#233;v&#233;nement&lt;/i&gt; que j'ai le mieux exprim&#233; cela, en disant que je voudrais que toute ma vie devienne qulque chose d'intelligible et de g&#233;n&#233;ral, se dissolve compl&#232;tement dans la t&#224;&#170;te et la vie des gens. Il y a une phrase de Brecht qui a beaucoup de sens pour moi : &#171; Il pensait dans les autres et les autres pensaient en lui. &#187; Au fond, le but final de l'&#233;criture, l'id&#233;al auquel j'aspire, c'est de penser et de sentir dans les autres, comme les autres &#8212; des &#233;crivains, mais pas seulement &#8212; ont pens&#233; en moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Annie Ernaux, &lt;i&gt;L'&#233;criture comme un couteau, Entretien avec Fr&#233;d&#233;ric-Yves Jeannet&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&#034;font-size: 12pt; font-family: &#034;Times New Roman&#034;,&#034;serif&#034;; mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>l'indicible n'est pas tapi dans l'&#233;criture, il est ce qui l'a bien avant d&#233;clench&#233;e</title>
		<link>https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?article751</link>
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		<dc:date>2016-01-08T08:59:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>M.B.</dc:creator>


		<dc:subject>&#233;crire</dc:subject>
		<dc:subject>enfance</dc:subject>
		<dc:subject>morts</dc:subject>
		<dc:subject>Perec</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;cades</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;l'&#233;criture est le souvenir de leur mort et l'affirmation de ma vie&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;sout&#232;nements&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot5" rel="tag"&gt;&#233;crire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot33" rel="tag"&gt;enfance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot71" rel="tag"&gt;morts&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot158" rel="tag"&gt;Perec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot193" rel="tag"&gt;d&#233;cades&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;MsoNormal&#034; style=&#034;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: normal; text-align: justify; mso-pagination: none; mso-layout-grid-align: none&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-size: medium&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-family: Arial&#034;&gt;&lt;span style=&#034;mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;Mon enfance fait partie de ces choses dont je sais que je ne sais pas grand-chose. Elle est derri&#232;re moi, pourtant, elle est le sol sur lequel j'ai grandi, elle m'a appartenu, quelle que soit ma t&#233;nacit&#233; &#224; affirmer qu'elle ne m'appartient plus. J'ai longtemps cherch&#233; &#224; d&#233;tourner ou &#224; masquer ces &#233;vidences, m'enfermant dans le statut inoffensif de l'orphelin, de l'inengendr&#233;, du fils de personne. Mais l'enfance n'est ni nostalgie, ni terreur, ni paradis perdu, ni Toison d'or, mais peut-&#224;&#170;tre horizon, point de d&#233;part, coordonn&#233;es &#224; partir desquelles les axes de ma vie pourront trouver leur sens. M&#224;&#170;me si je n'ai pour &#233;tayer mes souvenirs improbables que le secours de photos jaunies, de t&#233;moignages rares et de documents d&#233;risoires, je n'ai pas d'autre choix que d'&#233;voquer ce que trop longtemps j'ai nomm&#233; l'irr&#233;vocable ; ce qui fut, ce qui s'arr&#224;&#170;ta, ce qui fut cl&#224;&#180;tur&#233; : ce qui fut, sans doute, pour aujourd'hui ne plus &#224;&#170;tre, mais ce qui fut aussi pour que je sois encore.&lt;br class='autobr' /&gt;
(...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Je dispose d'autres renseignements concernant mes parents ; je sais qu'ils ne me seront d'aucun secours pour dire ce que je voudrais en dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
(...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas, comme je l'ai longtemps avanc&#233;, l'effet d'une alternative sans fin entre la sinc&#233;rit&#233; d'une parole &#224; trouver et l'artifice d'une &#233;criture exclusivement pr&#233;occup&#233;e &#224; dresser ses remparts : c'est li&#233; &#224; la chose &#233;crite elle-m&#224;&#170;me, au projet de l'&#233;criture comme au projet du souvenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne sais pas si je n'ai rien &#224; dire, je sais que je ne dis rien ; je ne sais pas si ce que j'aurais &#224; dire n'est pas dit parce qu'il est l'indicible (l'indicible n'est pas tapi dans l'&#233;criture, il est ce qui l'a bien avant d&#233;clench&#233;e) ; je sais que ce que je dis est blanc, est neutre, est signe une fois pour toutes d'un an&#233;antissement une fois pour toutes.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est cela que je dis, c'est cela que j'&#233;cris et c'est cela seulement qui se trouve dans les mots que je trace, et dans les lignes que ces mots dessinent, et dans les blancs que laissent appara&#238;tre l'intervalle entre ces lignes : j'aurai beau traquer mes lapsus (par exemple j'avais &#233;crit &#171; commis &#187; au lieu de &#171; j'ai fait &#187;, &#224; propos des fautes de transcription dans le nom de ma m&#232;re), ou r&#224;&#170;vasser pendant deux heures sur la longueur de la capote de mon p&#232;re, ou chercher dans mes phrases, pour &#233;videmment les trouver aussit&#224;&#180;t, les r&#233;sonances mignonnes de l&#1370;&#339;dipe ou de la castration, je ne retrouverai jamais, dans mon ressassement m&#224;&#170;me, que l'ultime reflet d'une parole absente &#224; l'&#233;criture, le scandale de mon silence te de leur silence : je n'&#233;cris pas pour dire que je ne dirai rien, je n'&#233;cris pas pour dire que je n'ai rien &#224; dire. J'&#233;cris : j'&#233;cris parce que nous avons v&#233;cu ensemble, parce que j'ai &#233;t&#233; un parmi eux, ombre au milieu de leurs ombres, corps pr&#232;s de leurs corps ; j'&#233;cris parce qu'ils ont laiss&#233; en moi leur marque ind&#233;l&#233;bile et que la trace en est l'&#233;criture : leur souvenir est mort &#224; l'&#233;criture ; l'&#233;criture est le souvenir de leur mort et l'affirmation de ma vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Perec, &lt;i&gt;W ou le souvenir d'enfance&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&#034;font-size: 12pt; font-family: &#034;Times New Roman&#034;,&#034;serif&#034;; mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>de l'ordre de la fantasmagorie et du songe</title>
		<link>https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?article743</link>
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		<dc:date>2015-11-21T16:17:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>M.B.</dc:creator>


		<dc:subject>lectures</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;cades</dc:subject>
		<dc:subject>Yourcenar</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;en lisant M. Yourcenar, &lt;i&gt;Un homme obscur&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;au fil des jours&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;lectures&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot193" rel="tag"&gt;d&#233;cades&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot199" rel="tag"&gt;Yourcenar&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;MsoNormal&#034; style=&#034;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: normal; text-align: justify; mso-pagination: none; mso-layout-grid-align: none&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-size: medium&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-family: Arial&#034;&gt;&lt;span style=&#034;mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;Nathan&#235;l s'&#233;merveillait que ces gens, dont il ne savait rien un mois plus t&#244;t, tinsent maintenant tant de place dans sa vie, jusqu'au jour o&#249; ils en sortiraient comme l'avaient fait la famille et les voisins de Greenwich, comme les camarades de bord, comme les habitants de l'&#238;le perdue, comme les commis de la Judenstraat. Pourquoi ceux-ci et non pas d'autres ? Tout se passait comme si, sur une route ne menant nulle part en particulier, on rencontrait successivement des groupes de voyageurs eux aussi ignorants de leur but et crois&#233;s seulement l'espace d'un clin d&#1370;&#339;il. D'autres, au contraire, vous accompagnaient un petit bout de chemin, pour dispara&#238;tre sans raison au prochain tournant, volatilis&#233;s comme des ombres. On ne comprenait pas pourquoi ces gens s'imposaient &#224; votre esprit, occupaient votre imagination, parfois m&#234;me vous d&#233;voraient le c&#339;ur, avant de s'avouer pour ce qu'ils &#233;taient : des fant&#244;mes. De leur c&#244;t&#233;, ils en pensaient peut-&#234;tre autant de vous, &#224; supposer qu'ils fussent de nature &#224; penser quelque chose. Tout cela &#233;tait de l'ordre de la fantasmagorie et du songe.&lt;br class='autobr' /&gt;
M. Yourcenar, &lt;i&gt;Un homme obscur&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&#034;font-size: 12pt; font-family: &#034;Times New Roman&#034;,&#034;serif&#034;; mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>prise de possession d'un monde int&#233;rieur</title>
		<link>https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?article741</link>
		<guid isPermaLink="true">https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?article741</guid>
		<dc:date>2015-11-13T08:48:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>M.B.</dc:creator>


		<dc:subject>introspection</dc:subject>
		<dc:subject>lectures</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;cades</dc:subject>
		<dc:subject>Yourcenar</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ceux qui mettent le roman historique dans une cat&#233;gorie &#224; part oublient que le romancier ne fait jamais qu'interpr&#233;ter, &#224; l'aide des proc&#233;d&#233;s de son temps, un certain nombre de faits pass&#233;s, de souvenirs conscients ou non, tissus de la m&#224;&#170;me mati&#232;re qu' l'histoire. Tout autant que La Guerre et la Paix, l&#1370;&#339;uvre de Proust est la reconstitution d'un pass&#233; perdu. Le roman historique de 1830 verse, il est vrai, dans le m&#233;lo et le feuilleton de cape et d'&#233;p&#233;e ; pas plus que la sublime Duchesse de Langeais ou (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;sout&#232;nements&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;introspection&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;lectures&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot193" rel="tag"&gt;d&#233;cades&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot199" rel="tag"&gt;Yourcenar&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;MsoNormal&#034; style=&#034;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: normal; text-align: justify; mso-pagination: none; mso-layout-grid-align: none&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-size: medium&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-family: Arial&#034;&gt;&lt;span style=&#034;mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;Ceux qui mettent le roman historique dans une cat&#233;gorie &#224; part oublient que le romancier ne fait jamais qu'interpr&#233;ter, &#224; l'aide des proc&#233;d&#233;s de son temps, un certain nombre de faits pass&#233;s, de souvenirs conscients ou non, tissus de la m&#224;&#170;me mati&#232;re qu' l'histoire. Tout autant que &lt;i&gt;La Guerre et la Paix&lt;/i&gt;, l&#1370;&#339;uvre de Proust est la reconstitution d'un pass&#233; perdu. Le roman historique de 1830 verse, il est vrai, dans le m&#233;lo et le feuilleton de cape et d'&#233;p&#233;e ; pas plus que la sublime &lt;i&gt;Duchesse de Langeais&lt;/i&gt; ou l'&#233;tonnante &lt;i&gt;Fille aux yeux d'or&lt;/i&gt;. Flaubert reconstruit laborieusement le palis d'Hamilcar &#224; l'aide de centaines de petits d&#233;tails ; c'est de la m&#224;&#170;me faa&#224;&#167;on qu'il proc&#232;de pour Yonville. De notre temps, le roman historique, ou ce que, par commodit&#233;, on consent &#224; nommer comme tel, ne peut &#224;&#170;tre que plong&#233; dans un temps retrouv&#233;, prise de possession d'un monde int&#233;rieur.&lt;br class='autobr' /&gt;
(...)&lt;br class='autobr' /&gt;
En un sens, toute vie racont&#233;e est exemplaire ; on &#233;crit pour attaquer ou pour d&#233;fendre un syst&#232;me du monde, pour d&#233;finir une m&#233;thode qui nous est propre. Il n'en est pas moins vrai que c'est par l'id&#233;alisation ou par l'&#233;reintement &#224; tout prix, par le d&#233;tail lourdement exag&#233;r&#233; ou prudemment omis, que se disqualifie presque tout biographe : l'homme construit remplace l'homme compris. Ne jamais perdre de vue le graphique d'une vie humaine, qui ne se compose pas, quoi qu'on dise, d'une horizontale et de deux perpendiculaires, mais bien plut&#224;&#180;t de trois lignes sinueuses, &#233;tir&#233;es &#224; l'infini, sans cesse rapproch&#233;es et divergeant sans cesse : ce qu'un homme a cru &#224;&#170;tre, ce qu'il a voulu &#224;&#170;tre, et ce qu'il fut. &lt;br class='autobr' /&gt;
(...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout &#224;&#170;tre qui a v&#233;cu l'aventure humaine est moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
M. Yourcenar, &lt;i&gt;M&#233;moires d'Hadrien, Carnets de notes&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&#034;font-size: 12pt; font-family: &#034;Times New Roman&#034;,&#034;serif&#034;; mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>des contours moins fermes</title>
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		<dc:date>2015-11-03T08:58:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>M.B.</dc:creator>


		<dc:subject>&#233;crire</dc:subject>
		<dc:subject>introspection</dc:subject>
		<dc:subject>lectures</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;cades</dc:subject>
		<dc:subject>Yourcenar</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quant l'observation de moi-m&#224;&#170;me, je m'y oblige, ne f&#224; &#187;t-ce que pour entrer en composition avec cet individu aupr&#232;s de qui je serai jusqu&#1370;au bout forc&#233; de vivre, mais une familiarit&#233; de pr&#232;s de soixante ans comporte encore bien des chances d'erreur. Au plus profond, ma connaissance de moi-m&#224;&#170;me est obscure, int&#233;rieure, informul&#233;e, secr&#232;te comme une complicit&#233;. Au plus impersonnel, elle est aussi glac&#233;e que les th&#233;ories que je puis &#233;laborer sur les nombres : j'emploie ce que j'ai d'intelligence &#224; voir de (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;lectures&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot193" rel="tag"&gt;d&#233;cades&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot199" rel="tag"&gt;Yourcenar&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;MsoNormal&#034; style=&#034;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: normal; text-align: justify; mso-pagination: none; mso-layout-grid-align: none&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-size: medium&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-family: Arial&#034;&gt;&lt;span style=&#034;mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;Quant l'observation de moi-m&#224;&#170;me, je m'y oblige, ne f&#224; &#187;t-ce que pour entrer en composition avec cet individu aupr&#232;s de qui je serai jusqu&#1370;au bout forc&#233; de vivre, mais une familiarit&#233; de pr&#232;s de soixante ans comporte encore bien des chances d'erreur. Au plus profond, ma connaissance de moi-m&#224;&#170;me est obscure, int&#233;rieure, informul&#233;e, secr&#232;te comme une complicit&#233;. Au plus impersonnel, elle est aussi glac&#233;e que les th&#233;ories que je puis &#233;laborer sur les nombres : j'emploie ce que j'ai d'intelligence &#224; voir de loin et de plus haut ma vie, qui devient alors la vie d'un autre. Mais ces deux proc&#233;d&#233;s de connaissance sont difficiles, et demandent l'une une descente en soi, l'autre, une sortie hors de soi-m&#224;&#170;me. Par inertie, je tends, comme tout le monde &#224; leur substituer des moyens de pure routine, une id&#233;e de ma vie partiellement modifi&#233;e par l'image que le public s'en forme, des jugements tout faits, c'est-&#224; -dire mal faits, comme un patron tout pr&#233;par&#233; auquel un tailleur maladroit adopte laborieusement l'&#233;toffe qui est &#224; nous. &#224;&#8240;quipement de valeur in&#233;gale ; outils plus ou moins &#233;mouss&#233;s ; mais je n'en ai pas d'autres : c'est avec eux que je me fa&#224;&#167;onne tant bien que mal une id&#233;e de ma destin&#233;e d'homme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand je consid&#232;re ma vie, je suis &#233;pouvant&#233; de la trouver informe. L'existence des h&#233;ros, celle qu'on nous raconte, est simple ; elle va droit au but comme une fl&#232;che. Et la plupart des hommes aiment &#224; r&#233;sumer leur vie dans une formule, parfois dans une vanterie ou dans une plainte, presque toujours dans une r&#233;crimination ; leur m&#233;moire leur fabrique complaisamment une existence explicable et claire. Ma vie a des contours moins fermes. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les r&#233;gions de montagne, de mat&#233;riaux divers entass&#233;s p&#224;&#170;le-m&#224;&#170;le. J'y rencontre ma nature, d&#233;j&#224; composite, form&#233;e en parties &#233;gales d'instinct et de culture. &#224;&#8225;&#224; et l&#224; , affleurent les granits de l'in&#233;vitable ; partout, les &#233;boulements du hasard. Je m'efforce de reparcourir ma vie pour y trouver un plan, y suivre une veine de plomb ou d'or, ou l'&#233;coulement d'une rivi&#232;re souterraine, mais ce plan tout factice n'est qu'un trompe-l&#1370;&#339;il du souvenir. De temps en temps, dans une rencontre, un pr&#233;sage, une suite d&#233;finie d'&#233;v&#233;nements, je crois reconna&#238;tre une fatalit&#233;, mais trop de routes ne m&#232;nent nulle part, trop de sommes ne s'additionnent pas. Je per&#224;&#167;ois bien dans cette diversit&#233;, dans ce d&#233;sordre, la pr&#233;sence d'une personne, mais sa forme semble presque toujours trac&#233;e par la pression des circonstances ; ses traits se brouillent comme une image refl&#233;t&#233;e sur l'eau. Je ne suis pas de ceux qui disent que leurs actions ne leur ressemblent pas. Il faut bien qu'elles le fassent, puisqu'elles sont ma seule mesure, et le seul moyen de me dessiner dans la m&#233;moire des hommes, ou m&#224;&#170;me dans la mienne propre ; puisque c'est peut-&#224;&#170;tre l&#1370;impossibilit&#233; de continuer &#224; s'exprimer et &#224; se modifier par l'action qui constitue la diff&#233;rence entre l'&#233;tat de mort et celui de vivant. Mais il y a entre moi et ces actes dont je suis fait un hiatus ind&#233;finissable. Et la preuve, c'est que j'&#233;prouve sans cesse le besoin de les peser, de les expliquer, d'en rendre compte &#224; moi-m&#224;&#170;me. Certains travaux qui dur&#232;rent peu sont assur&#233;ment n&#233;gligeables, mais des occupations qui s'&#233;tendirent sur toute la vie ne signifient pas davantage. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Les trois quart de ma vie &#233;chappent d'ailleurs &#224; cette d&#233;finition par les actes : la masse de mes vell&#233;it&#233;s, de mes d&#233;sirs, de mes projets m&#224;&#170;me, demeure aussi n&#233;buleuse et aussi fuyante qu'un fant&#224;&#180;me. Le reste, la partie palpable, plus ou moins authentifi&#233;e par les faits, est &#224; peine plus distincte, et la s&#233;quence des &#233;v&#233;nements aussi confuse que celle des songes. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais l'esprit humain r&#233;pugne &#224; s'accepter des mains du hasard, &#224; n'&#224;&#170;tre que le produit passager de chances auxquelles aucun dieu ne pr&#233;side, surtout pas lui-m&#224;&#170;me. Une partie de chaque vie, et m&#224;&#170;me de chaque vie fort peu digne de regard, se passe &#224; rechercher les raisons d'&#224;&#170;tre, les points de d&#233;part, les sources.&lt;br class='autobr' /&gt;
M. Yourcenar, &lt;i&gt;M&#233;moires d'Hadrien&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&#034;font-size: 12pt; font-family: &#034;Times New Roman&#034;,&#034;serif&#034;; mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>fid&#232;les reflets du monde qui les narguait</title>
		<link>https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?article733</link>
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		<dc:date>2015-10-06T06:55:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>M.B.</dc:creator>


		<dc:subject>lectures</dc:subject>
		<dc:subject>Perec</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;cades</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ils auraient voulu, parfois, que tout dure, que rien ne bouge. Ils n'auraient qu'&#224; se laisser aller. Leur vie les bercerait. Elle s'&#233;tendrait au fil des mois, tout au long des ann&#233;es, sans changer, presque, sans jamais les contraindre. Elle ne serait que la suite harmonieuse des journ&#233;es et des nuits, une modulation presque imperceptible, la reprise incessante des m&#224;&#170;mes th&#232;mes, un bonheur continu, une saveur perp&#233;tu&#233;e que nul bouleversement, nul &#233;v&#233;nement tragique, nulle p&#233;rip&#233;tie ne remettrait en (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot158" rel="tag"&gt;Perec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?mot193" rel="tag"&gt;d&#233;cades&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;MsoNormal&#034; style=&#034;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: normal; text-align: justify; mso-pagination: none; mso-layout-grid-align: none&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-size: medium&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-family: Arial&#034;&gt;&lt;span style=&#034;mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;Ils auraient voulu, parfois, que tout dure, que rien ne bouge. Ils n'auraient qu'&#224; se laisser aller. Leur vie les bercerait. Elle s'&#233;tendrait au fil des mois, tout au long des ann&#233;es, sans changer, presque, sans jamais les contraindre. Elle ne serait que la suite harmonieuse des journ&#233;es et des nuits, une modulation presque imperceptible, la reprise incessante des m&#224;&#170;mes th&#232;mes, un bonheur continu, une saveur perp&#233;tu&#233;e que nul bouleversement, nul &#233;v&#233;nement tragique, nulle p&#233;rip&#233;tie ne remettrait en question.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autres fois, ils n'en pouvaient plus. Ils voulaient se battre, et vaincre. Ils voulaient lutter, conqu&#233;rir leur bonheur. Mais comment lutter ? Contre qui ? contre quoi ? Ils vivaient dans un monde &#233;trange et chatoyant, l'univers miroitant de la civilisation mercantile, les prisons de l'abondance, les pi&#232;ges fascinants du bonheur.&lt;br class='autobr' /&gt;
O&#249; &#233;taient les dangers ? O&#249; &#233;taient les menaces ? Des millions d'hommes, jadis, se sont battus, et m&#224;&#170;me se battent encore, pour du pain. J&#233;r&#224;&#180;me et Sylvie ne croyaient gu&#232;re que l'on p&#224; &#187;t se battre pour des divans Chesterfield. Mais c'e&#224; &#187;t &#233;t&#233; pourtant le mot d'ordre qui les aurait le plus facilement mobilis&#233;s. Rien ne les concernait, leur semblait-il, dans les programmes, dans les plans : ils se moquaient des retraites avanc&#233;es, des vacances allong&#233;es, des repas de midi gratuits, des semaines de trente heures. Ils voulaient la surabondance ; ils r&#224;&#170;vaient de platines Cl&#233;ment, de plages d&#233;sertes pour eux seuls, de tours du monde, de palaces.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ennemi &#233;tait invisible. Ou, plut&#224;&#180;t, il &#233;tait en eux, il les avait pourris, gangren&#233;s, ravag&#233;s. Ils &#233;taient les dindons de la farce. De petits &#224;&#170;tres dociles, les fid&#232;les reflets du monde qui les narguait. Ils &#233;taient enfonc&#233;s jusqu'au cou dans un g&#224;&#162;teau dont ils n'auraient jamais que les miettes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Georges Perec, &lt;i&gt;Les Choses&lt;/i&gt;, 1966.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&#034;font-size: 12pt; font-family: &#034;Times New Roman&#034;,&#034;serif&#034;; mso-bidi-font-weight: bold&#034;&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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